Capitalisation en France · Décryptage
Agirc-Arrco : pourquoi 1,4 % et pas 1,9 % ?
Publié le 29 octobre 2026
Le 2 novembre 2026, 14 millions de retraités du secteur privé toucheront une retraite complémentaire revalorisée de 1,4 %. La valeur du point Agirc-Arrco passe de 1,4386 € à 1,4587 €. C'est la première hausse depuis novembre 2024.
Le chiffre ne doit rien au hasard. Il résulte d'une formule, d'une marge laissée aux partenaires sociaux, et d'un choix fait dans cette marge.
L’essentiel : Le 1er novembre 2026, la valeur du point Agirc-Arrco passe de 1,4386 € à 1,4587 €, soit +1,4 %. L'accord de 2023 autorisait une hausse de 1,2 % à 1,9 % : les partenaires sociaux ont retenu le bas de la fourchette, pour un coût de 1,4 milliard d'euros par an.
La formule de l'accord de 2023
Le régime est piloté par les organisations syndicales et patronales. Tous les quatre ans environ, elles signent un accord national interprofessionnel qui fixe les règles. Celui du 5 octobre 2023 couvre la période 2024-2026.
Selon le communiqué du régime, cet accord part de l'inflation hors tabac estimée par l'Insee pour l'année en cours. Il en retire 0,4 point. Le conseil d'administration peut ensuite s'écarter de ce résultat de 0,4 point, vers le haut ou vers le bas.
Une dernière limite s'applique : la hausse ne peut pas dépasser celle du salaire moyen par tête. Les pensions ne peuvent pas non plus baisser en euros courants.
Une fourchette de 1,2 % à 1,9 %
Pour 2026, le régime retient une inflation hors tabac estimée à 2 %. La formule donne donc 1,6 %. Avec la marge de 0,4 point, la hausse aurait pu aller de 1,2 % à 2,0 %.
Le salaire moyen par tête devait progresser de 1,9 %, selon le même communiqué. Le haut de la fourchette est donc ramené à 1,9 %.
Réuni le 14 octobre 2026, le conseil d'administration a retenu 1,4 %. C'est 0,2 point sous le résultat de la formule et 0,5 point sous le maximum autorisé. Le régime dit avoir examiné « leurs conséquences sur la trajectoire financière du régime ».
Le communiqué chiffre la décision : 1,4 milliard d'euros en année pleine, et 21 milliards d'euros sur quinze ans. Ces montants sont, selon lui, « intégralement financés par le régime ».
Une série de hausses irrégulières
Le point Agirc-Arrco valait 1,2588 € à la création du régime unifié, le 1er janvier 2019. Il vaut 1,4587 € au 1er novembre 2026, soit 15,9 % de plus. Le chemin n'a rien eu de régulier.
Source : Agirc-Arrco, paramètres et chiffres du régime, consultés le 28 octobre 2026.
Le point a progressé de 1,00 % en 2019, puis n'a pas bougé en 2020. Il a gagné 1,00 % en 2021, 5,12 % en 2022 et 4,90 % en 2023. Les hausses de 2022 et 2023 ont suivi la forte inflation de ces deux années.
Viennent ensuite 1,60 % en 2024 et aucune hausse en 2025. Selon le Conseil d'orientation des retraites, la valeur du point n'a pas été revalorisée en 2025, « en l'absence d'accord entre les partenaires sociaux ».
Trois ans sous les prix
Depuis novembre 2023, le point est passé de 1,4159 € à 1,4587 €. La hausse cumulée atteint 3,0 % en trois revalorisations.
Les prix ont progressé plus vite. Selon l'Insee, l'indice des prix hors tabac est passé de 116,61 en moyenne en 2023 à 119,82 en 2025. Cela fait 2,8 % en deux ans. En y ajoutant les 2 % estimés pour 2026, la hausse des prix approche 4,8 %.
L'écart, d'environ 1,8 point, correspond à ce que l'accord avait prévu. Retirer 0,4 point à l'inflation chaque année, puis geler une année, réduit le pouvoir d'achat du point. Le blog a détaillé ce mécanisme dans son article sur l'indexation des pensions.
Pour un retraité qui touche 1 000 € de complémentaire par an, la hausse de novembre représente 14 € de plus par an.
Ce que finance le régime, et avec quoi
L'Agirc-Arrco fonctionne par répartition : les cotisations de l'année paient les pensions de l'année. En 2025, les ressources ont atteint 103,3 milliards d'euros et les charges 103,0 milliards. Le solde technique, avant produits financiers, s'est limité à 0,3 milliard.
Avec 1,1 milliard de résultat financier, le régime a dégagé un excédent de 1,4 milliard. C'est, à peu près, le coût annuel de la hausse décidée en octobre.
Les réserves jouent le rôle d'amortisseur. Fin 2025, le régime déclarait 91,2 milliards d'euros de réserves disponibles en valeur de marché. Leur rôle et leur placement sont décrits dans l'article Agirc-Arrco : la répartition qui épargne.
Une règle encadre l'ensemble. Le régime doit détenir, à tout moment, au moins six mois de pensions en réserve sur quinze ans.
Le prix du point reste en suspens
Un régime par points a deux prix. La valeur de service convertit les points en pension. La valeur d'achat fixe combien coûte un point au moment où l'on cotise.
La valeur d'achat de 2026 est restée à 20,1877 €, inchangée depuis 2025. Celle de 2027 n'a pas été fixée en octobre, comme c'est l'usage. Selon le régime, elle sera déterminée dans la négociation du prochain accord, pour 2027-2030.
Le rapport entre les deux valeurs donne le rendement facial du point. Il atteint 7,23 % au 1er novembre 2026, contre 7,38 % en janvier 2019. Le salarié n'en profite qu'en partie : une fraction des cotisations n'achète aucun point, du fait du pourcentage d'appel de 127 %.
Ce que ces chiffres ne disent pas
La comparaison avec les prix est approchée. Le point est revalorisé chaque 1er novembre, alors que l'Insee publie des moyennes par année civile. Les 2 % retenus pour 2026 restent une estimation, citée par le régime.
Les 14 € par an supposent une complémentaire de 1 000 €. Le montant réel dépend du nombre de points de chacun, et la hausse s'applique avant prélèvements sociaux et impôt.
Le coût de 21 milliards sur quinze ans vient du régime lui-même. Il dépend de ses hypothèses de salaires, d'emploi et de rendement financier, que le communiqué ne détaille pas.
Enfin, la retraite de base suit d'autres règles. La hausse de l'Agirc-Arrco ne dit rien de celle des pensions de base. Celle-ci est fixée par le Code de la sécurité sociale, que le budget de la Sécurité sociale peut modifier.
Conclusion
La hausse de 1,4 % applique l'accord de 2023, dans le bas de la fourchette qu'il autorisait. Sur trois ans, la valeur du point a moins progressé que les prix, comme l'accord le prévoyait. La suite dépend d'une négociation qui doit fixer, pour 2027-2030, la valeur d'achat du point et la règle de revalorisation.
Lectures recommandées
- Agirc-Arrco : la répartition qui épargne — Les 92,1 milliards d'euros de réserves du régime, leur placement et la règle d'or qui les encadre.
- Pouvoir d'achat des retraités et indexation — Pourquoi les pensions suivent les prix plutôt que les salaires, et ce que cela coûte en pouvoir d'achat.
- Inflation et rentes non indexées — Ce que devient une rente quand elle n'est pas revalorisée au rythme des prix.
- Royaume-Uni : l'État pourra imposer des placements — La loi britannique de 2026 permet d'imposer jusqu'à 10 % d'actifs non cotés aux fonds de retraite par défaut, à partir de 2028.
- Racheter un trimestre coûte-t-il plus cher qu'en 2013 ? — Le barème du rachat de trimestres n'a pas bougé depuis 2013, et ses tranches ne se raccordent plus.