Capitalisation d'État · Étude de cas
Chili : un fonds de réserve pour les pensions
Publié le 9 octobre 2026
Fin août 2026, le Chili détenait 10,7 milliards de dollars dans un fonds public réservé à une dépense : la pension de base de l'État. Le fonds a été alimenté par les excédents budgétaires, puis largement puisé pendant la pandémie. Il n'a reçu aucun apport en 2025, ni depuis le début de 2026.
Le cas montre ce que devient une réserve quand sa source de financement dépend de la conjoncture budgétaire. Il complète l'histoire des comptes individuels chiliens, qui sont privés : ce fonds-ci appartient à l'État.
L’essentiel : Depuis 2006, l'État chilien place une part de ses excédents budgétaires dans un fonds qui aide à payer la pension universelle de base ; il valait 10,7 milliards de dollars fin août 2026. Il a reçu 12,3 milliards et en a rendu 7,4, dont 4,5 pendant les deux années de pandémie, et ne reçoit plus rien quand le budget est en déficit.
Un fonds créé pour la pension de base
La loi chilienne sur la responsabilité budgétaire de 2006 a créé le Fonds de réserve des pensions. Il a été ouvert le 28 décembre 2006, avec un premier versement de 604,5 millions de dollars.
Son objet est fixé par l'article 5 de la loi. Il doit compléter le financement de la pension garantie universelle, la pension de base versée par l'État, et de deux prestations d'invalidité.
Le fonds ne sert ni à stabiliser le budget, ni à investir dans l'économie chilienne. Selon le ministère des Finances, ses placements sont faits entièrement hors du Chili, en devises étrangères. Fin août 2026, les actions représentaient 51,6 % du portefeuille de long terme.
C'est donc une réserve : un patrimoine public affecté à une dépense future, sans compte individuel.
Une règle d'apport liée aux excédents
La règle d'origine avait deux étages, selon le rapport 2016 du ministère des Finances. Chaque année, l'État versait au moins 0,2 % du PIB de l'année précédente. Si l'excédent budgétaire effectif dépassait ce montant, l'apport montait jusqu'à 0,5 % du PIB.
Le plancher garantissait un versement même en cas de déficit. Les apports devaient continuer jusqu'à ce que le fonds atteigne 900 millions d'unités de fomento, l'unité de compte chilienne.
Le texte en vigueur, modifié en dernier lieu en août 2024, ne prévoit plus de plancher. L'apport est égal à l'excédent effectif, plafonné à 0,5 % du PIB de l'année précédente. Sans excédent, il n'y a donc plus d'apport obligatoire.
Les rapports du fonds montrent l'effet de cette règle. L'État a versé 531,6 millions de dollars en 2022, 1 640,5 millions en 2023 et 607,2 millions en 2024. Il n'a rien versé en 2025 ni entre janvier et août 2026.
Les retraits : de la règle à la pandémie
La loi interdisait tout retrait pendant les dix premières années. Le rapport 2016 annonçait les premiers retraits pour 2017, afin de financer une partie des prestations du pilier solidaire.
La règle de l'époque limitait les retraits annuels au tiers d'un écart. Cet écart séparait les dépenses de pensions de l'année de celles de 2008, corrigées de l'inflation. Le fonds ne couvrait ainsi qu'une partie de la hausse des dépenses.
La pandémie a changé l'échelle. Une loi d'avril 2020 a suspendu les apports pour 2020 et 2021. Dans le même temps, l'État a retiré 1 576,5 millions de dollars en 2020, puis 2 959,8 millions en 2021.
Montants annuels en dollars courants. Le transfert de 200 M$ d'août 2025 vers un autre fonds public, remboursable, n'est pas compté comme un retrait. Source : Ministère des Finances du Chili, rapport mensuel du Fonds de réserve des pensions à août 2026.
En deux ans, le fonds a donc rendu 4,5 milliards de dollars sans rien recevoir. Sa valeur est passée de 10 812,1 millions fin 2019 à 7 472,9 millions fin 2021. Elle est tombée à 6 475,3 millions fin 2022, après 1 411,0 millions de moins-values sur l'année.
Les retraits sont ensuite revenus à environ 300 millions par an : 268,9 millions en 2022, 299,9 en 2023, 303,6 en 2024 et 332,4 en 2025. En 2026, l'État a retiré 289,8 millions au premier trimestre.
Une règle de retrait confiée au ministre
Dans sa version actuelle, la loi ne fixe plus de montant. Elle confie au ministre des Finances le soin de définir une règle de retrait. Cette règle doit rendre les retraits annuels stables et prévisibles.
Elle doit aussi préserver à long terme la valeur du fonds et des apports, inflation déduite. Le principe rejoint celui que décrit l'article dépenser le revenu, pas le capital. La formule elle-même relève d'un acte du ministre, pas de la loi.
Le ministère doit enfin faire réaliser une étude actuarielle de la soutenabilité du fonds tous les trois ans. Elle est aussi exigée à chaque projet de hausse de la pension garantie universelle, hors revalorisation automatique.
Un prêt à la réforme de 2025
La réforme des retraites de mars 2025 a ajouté un usage. Un article transitoire autorise à transférer jusqu'à 900 millions de dollars du fonds vers le Fonds autonome de protection prévisionnelle. Ce nouveau fonds finance l'assurance sociale créée par la réforme.
Ces sommes doivent revenir au fonds de réserve dans un délai de vingt ans au plus, avec un intérêt. Le taux est celui auquel l'État chilien emprunte sur la même durée.
Un premier transfert de 200 millions de dollars a eu lieu le 1er août 2025. Les rapports l'incluent toujours dans la valeur du fonds : cette ligne valait 224,3 millions de dollars fin août 2026.
Ce que le fonds a rapporté
Depuis sa création, le fonds a reçu 12 256,4 millions de dollars d'apports et en a rendu 7 446,5 millions. Les intérêts ont ajouté 3 323,2 millions, les plus-values 2 661,4 millions. Les frais de gestion et de garde ont coûté 81,5 millions.
Le rendement annualisé depuis avril 2007 est de 4,07 % en dollars, selon le rapport d'août 2026. Exprimé en pesos chiliens, il atteint 7,02 %, car il intègre la variation du peso face au dollar. Sur les douze derniers mois, le rendement en dollars a été de 10,80 %.
Le ministère prévient dans ses rapports que les rendements passés ne garantissent pas les rendements futurs. Il recommande de juger le fonds sur longue période. Une année de marché comme 2022 pèse lourd, comme le montre l'article quand un fonds public perd 20 %.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Les montants sont en dollars courants, non corrigés de l'inflation. Le rendement de 4,07 % est donc un rendement nominal, avant toute comparaison avec la hausse des prix.
Ce blog n'a pas vérifié la part des pensions de base que le fonds finance chaque année. Les retraits d'environ 300 millions de dollars n'indiquent pas, seuls, la part de la dépense couverte.
La loi de 2025 demandait aussi un projet de loi sous 180 jours pour fixer une cible de taille au fonds. Ce blog n'a pas vérifié s'il a été déposé, ni ce qu'il prévoit. La règle de retrait du ministre n'a pas non plus été consultée.
Conclusion
Le fonds chilien a reçu de l'argent tant que la règle l'imposait ou que le budget dégageait un excédent. Sans le plancher de 0,2 %, ses apports suivent le solde budgétaire, et aucun n'a été versé en 2025. Il garde 10,7 milliards de dollars, mais sa taille dépend désormais des comptes publics de chaque année.
Lectures recommandées
- Chili : leçons d'un système capitalisé — Les comptes individuels chiliens depuis 1981 et les prestations publiques qui les complètent.
- Comment un État alimente un fonds — Les recettes qu'un État peut verser à un fonds, du pétrole aux excédents budgétaires.
- Quand un fonds public perd 20 % — Ce qui se passe quand un fonds public subit une forte baisse des marchés.
- Répartition ou capitalisation : quel rendement comparer ? — Le rendement de la répartition mesuré par le COR, face aux rendements des fonds capitalisés.
- Épargne oubliée : ce que l'État prélèverait — Le prélèvement de 17 % prévu sur l'épargne oubliée à la Caisse des dépôts, et ce que récupère son titulaire.