Capitalisation d'État · Décryptage
États-Unis : le fonds de la Sécurité sociale se vide
Publié le 19 octobre 2026
Aux États-Unis, la pension de retraite de la Sécurité sociale repose sur un fonds de 2 338,3 milliards de dollars. Depuis 2021, ce fonds finance l'écart entre ce que rapportent les cotisations et ce que coûtent les pensions.
Les administrateurs du régime datent sa fin du quatrième trimestre 2032. Le cas montre jusqu'où une réserve peut aider un régime par répartition face au vieillissement.
L’essentiel : Le fonds qui finance les pensions de retraite américaines détenait 2 338,3 milliards de dollars fin 2025, soit environ 1,6 année de dépenses. Il perd de l'argent depuis 2021 : il sera vide au quatrième trimestre 2032, et les recettes courantes ne paieraient alors que 78 % des prestations prévues.
Un fonds qui ne détient que des titres du Trésor
Le régime américain s'appelle OASI, pour Old-Age and Survivors Insurance : il verse les pensions de retraite et de réversion. Fin 2025, 62,3 millions de personnes en recevaient une. Son fonds fiduciaire, le trust fund, est géré par le secrétaire au Trésor.
La loi impose aux administrateurs de placer les excédents dans des titres porteurs d'intérêts, garantis par l'État fédéral. Concrètement, il s'agit de titres spéciaux, non négociables, dont le taux suit la moyenne des taux du marché pour des durées fixées par la loi. Le fonds n'achète donc ni actions ni obligations privées, à la différence des fonds étudiés ailleurs sur ce blog.
Elle ressemble aux réserves décrites dans l'article sur la différence entre réserve, fonds de pension et fonds souverain. Elle amortit les écarts d'un régime par répartition. Elle ne cherche pas à produire un rendement élevé.
Depuis 2021, le fonds paie une partie des pensions
En 2025, le fonds OASI a encaissé 1 248,8 milliards de dollars et dépensé 1 448,8 milliards. Le déficit de 200,0 milliards a ramené ses réserves de 2 538,3 à 2 338,3 milliards.
Les cotisations des salariés et des employeurs en fournissent l'essentiel : 1 130,7 milliards, soit 91 % des recettes. L'impôt payé sur les prestations apporte 56,4 milliards, les intérêts des réserves 61,7 milliards, soit 5 %.
Source : Social Security Administration, résumé du rapport 2026 des administrateurs, tableaux 4, 5 et 6.
Le rapport date les étapes de cette bascule. Les dépenses dépassent les recettes hors intérêts depuis 2010. Elles dépassent les recettes totales, intérêts compris, depuis 2021, et le rapport prévoit qu'elles continueront de le faire chaque année.
2032 : la date où le fonds est vide
Les administrateurs jugent la situation à court terme par un ratio : les réserves au début d'une année, rapportées aux dépenses de l'année suivante. Pour le fonds OASI, il est de 153 % au début de 2026 et passerait sous 100 % au début de 2029.
La date d'épuisement est le quatrième trimestre 2032, un trimestre plus tôt que dans le rapport précédent. La loi interdit au fonds d'emprunter et de verser plus que ses recettes et ses réserves. À cette date, les cotisations courantes suffiraient à payer 78 % des prestations prévues par la loi, et cette part descendrait à 62 % en 2100.
Le régime d'invalidité, géré par un fonds distinct, reste solvable jusqu'en 2100. En additionnant les deux fonds, ce que la loi ne permet pas, la réserve commune s'épuiserait au troisième trimestre 2034. Elle couvrirait alors 83 % des prestations, puis 65 % en 2100.
| Fonds | Épuisement des réserves | Part des prestations payable à cette date | Part payable en 2100 |
|---|---|---|---|
| OASI (retraites et réversions) | 4e trimestre 2032 | 78 % | 62 % |
| OASI et invalidité réunis (calcul théorique) | 3e trimestre 2034 | 83 % | 65 % |
Pourquoi le calendrier se resserre
Sur soixante-quinze ans, le déficit du régime, tous fonds réunis, représente 4,42 % de la masse salariale soumise à cotisation. C'est 0,60 point de plus que dans le rapport de 2025. Les cotisations actuelles s'élèvent à 6,2 % du salaire pour l'employeur et autant pour le salarié. Le salaire n'est pris en compte que jusqu'à 184 500 dollars par an en 2026.
Les administrateurs expliquent cette dégradation par trois changements. Ils ont abaissé la fécondité de long terme de 1,90 à 1,75 enfant par femme. Ils ont aussi retenu une immigration plus faible, d'où moins de cotisants à l'avenir.
Ils intègrent enfin la loi budgétaire du 4 juillet 2025, qui abaisse l'impôt sur le revenu et relève les déductions. Le fonds recevra moins d'impôt prélevé sur les prestations.
Le coût du régime, lui, grimpe : il passerait de 5,3 % du produit intérieur brut en 2026 à environ 6,9 % en 2084. Le fonds n'a pas été conçu pour absorber un tel écart. Le rapport indique qu'un rééquilibrage passerait par une hausse uniforme des cotisations ou une baisse uniforme des prestations. Il invite le Congrès à agir tôt, pour laisser aux assurés le temps de s'adapter.
Et en France ?
Fin 2025, le COR estime les réserves du système de retraite français par répartition à 244,6 milliards d'euros, soit 8,2 % du PIB. Le Fonds de réserve pour les retraites y est compris. Les dépenses du système atteignent 14,1 % du PIB, soit 422,2 milliards.
Rapportées aux dépenses de l'année, ces réserves représentent environ sept mois, un calcul du blog. Le fonds américain, lui, couvre environ 1,6 année de dépenses du seul régime OASI. Les deux mesures ne portent pas sur le même périmètre, et la comparaison reste approximative. La Suède, elle, combine un frein automatique sur les pensions et des fonds tampons.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Une date d'épuisement n'est pas une promesse de baisse des pensions. Les administrateurs rappellent que leurs projections supposent les prestations prévues par la loi payées intégralement. Après l'épuisement, cela ne sera plus possible sans nouvelle loi. Le Congrès peut changer les cotisations, les prestations ou les deux avant 2032.
Les projections reposent aussi sur des hypothèses de fécondité, d'immigration et de salaires fixées en février 2026. Chaque rapport les révise : la date d'épuisement du fonds OASI s'est rapprochée d'un trimestre en un an.
Enfin, la comparaison avec la France reste partielle. Près de 91 % des réserves françaises appartiennent aux régimes complémentaires. Le calcul américain ne porte que sur le régime de base, pour la retraite et la réversion. Le calcul en mois de dépenses ne dit rien de la solidité de chaque système.
Conclusion
Le fonds de la Sécurité sociale américaine montre la limite d'une réserve en titres d'État. Elle gagne du temps, sans changer l'équilibre entre cotisations et pensions. Depuis 2021, elle se consomme, et les administrateurs prévoient sa fin pour 2032.
Reste à savoir quand le pays relèvera ses recettes ou réduira ses prestations. Sans décision avant 2032, la loi actuelle limitera les paiements aux recettes disponibles.
Lectures recommandées
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