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Allemagne : une commission propose une capitalisation obligatoire

Publié le 20 octobre 2026

Le 23 juin 2026, la commission chargée par le Gouvernement allemand de réfléchir aux retraites a remis ses 33 recommandations. L'une d'elles introduirait en Allemagne une capitalisation obligatoire, gérée par un fonds public, à côté de la répartition. Le chancelier Friedrich Merz a annoncé vouloir appliquer l'ensemble du rapport, mais aucun projet de loi n'est encore connu.

Pour un lecteur français, le cas montre un grand pays à répartition au moment où sa garantie sur le niveau des pensions arrive à échéance.

L’essentiel : Le 23 juin 2026, une commission allemande a recommandé d'ajouter à l'assurance retraite publique un compte individuel obligatoire, financé par 2 points de cotisation supplémentaires et géré de façon centralisée, sur le modèle suédois. Le chancelier a annoncé vouloir appliquer l'ensemble des propositions ; le texte de loi n'existe pas encore.

Une garantie qui s'arrête en 2031

L'assurance retraite allemande fonctionne comme la française : les cotisations des actifs paient les pensions du moment. Deux règles encadrent depuis 2018 son niveau. La première garantit un niveau de pension de 48 % du salaire moyen, mesuré pour une carrière type. La seconde oblige le législateur à proposer des mesures si le taux de cotisation doit dépasser 22 % avant 2031.

Ces garanties courent jusqu'au 1er juillet 2031. La commission relève ce que le droit actuel produirait ensuite, d'après les projections de la caisse fédérale (DRV Bund) du printemps 2026.

Année Taux de cotisation Niveau des pensions
2026 18,6 % 48 %
2031 20,2 % 48 %
2040 21,1 % 46,4 %
2050 21,4 % 46,1 %

La commission reconnaît que ces projections deviennent plus incertaines avec l'horizon. Son constat de fond : à subventions de l'État données, un taux de cotisation bas et un niveau de pensions élevé ne coexistent plus. Il faut agir sur l'un des deux.

Deux points de cotisation en plus

La recommandation 28 propose une composante par capitalisation, obligatoire, à l'intérieur de l'assurance retraite publique. Chaque cotisant aurait un compte individuel.

Un taux supplémentaire de 2 %, partagé à parts égales entre salarié et employeur, l'alimenterait. La montée serait progressive, de 0,5 point par an, idéalement dès 2028. Selon un calcul du blog, le plein taux serait atteint en quatre ans.

Le modèle cité est la « pension à prime » suédoise. En Suède, 18,5 % du revenu soumis à pension vont chaque année au système. Selon le rapport 2025 du fonds AP4, 16 points financent la pension par répartition et 2,5 points la pension par capitalisation. Les épargnants suédois y choisissent leur fonds, ou restent dans le fonds public par défaut.

La proposition allemande diffère sur un point : ses 2 points s'ajoutent aux cotisations actuelles, au lieu d'être prélevés dessus. La commission note que ces cotisations ne servent pas à payer les pensions d'aujourd'hui : elles viennent en plus de celles du système existant.

Qui gère, à quel coût

La commission fixe plusieurs règles de gestion :

  • un fonds public, indépendant du pouvoir politique, dirigé par un comité d'investissement composé de spécialistes extérieurs, sur le modèle du fonds allemand chargé du financement de la gestion des déchets nucléaires ;
  • pour qui ne veut pas de ce fonds, un choix parmi un petit nombre de fonds privés certifiés, soumis aux mêmes critères ;
  • des frais visés à 10 points de base du capital, soit 0,1 % par an ;
  • une gestion diversifiée et tournée vers le rendement, sans exclusion de pays ou de secteurs décidée politiquement, hors investissements jugés contraires à l'éthique ;
  • une sortie en rente viagère, calculée avec des estimations réalistes de l'espérance de vie.

Deux précisions comptent pour un lecteur habitué aux comptes d'épargne français. Le capital serait protégé contre tout détournement, y compris politique. Mais il ne se transmettrait pas par héritage : la commission range cette capitalisation parmi les assurances sociales, où les risques sont mutualisés. Elle demande d'étudier une couverture de l'invalidité ; une éventuelle réversion ne devrait pas peser sur les autres cotisants.

C'est un choix net par rapport à un plan d'épargne individuel. La rente, pas le capital, est la promesse. Le coût de 1 % de frais sur quarante ans montre pourquoi la commission fixe la barre si bas.

Un filet pour la période de montée en charge

Le compte individuel ne produit de pension appréciable qu'après de longues années. Selon la commission, une épargne de ce type n'améliore sensiblement les revenus des retraités qu'au bout de dix à quinze ans. Les personnes qui partent en 2032 n'auraient pas eu le temps d'accumuler assez.

La recommandation 15 prévoit donc un « facteur de transition » à partir de 2032. Il ajouterait un supplément au niveau des nouvelles pensions pour que, avec la capitalisation comprise, il ne soit pas inférieur à celui d'aujourd'hui. Il serait financé par l'impôt et réduit au fil des années, jusqu'au milieu des années 2040 environ.

La recommandation 14 complète l'ensemble : la formule d'ajustement des pensions, aujourd'hui suspendue, reviendrait après 2031. Le paramètre alpha de son facteur de durabilité passerait de 0,25 à 0,33. Les retraités supporteraient ainsi une part plus grande du coût du vieillissement. Le frein automatique suédois répond à la même question avec un autre mécanisme.

La commission insiste : les recommandations forment un tout et doivent s'appliquer ensemble. La capitalisation, le facteur de transition et le facteur de durabilité se compensent.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Aucun chiffre ne dit encore ce que la réforme donnerait à un salarié précis. Le 14 septembre 2026, le Gouvernement a répondu qu'il ne pouvait pas chiffrer le niveau pour un départ en 2032 ou en 2040. Le texte de loi n'existe pas encore.

Le niveau de 48 % est un indicateur conventionnel, avant impôts, pour une carrière complète au salaire moyen. La commission rappelle qu'il se lit mal comme un taux de remplacement personnel. Elle propose d'afficher aussi un taux net d'impôt. Pour un salaire moyen, elle cite 53 % en Allemagne, contre 63 % en moyenne dans l'OCDE.

Les rendements futurs ne sont pas connus. La commission juge positive l'évolution des marchés sur de longues périodes passées ; c'est un constat sur le passé, pas une promesse. Elle écrit aussi que des rendements plus élevés viennent avec plus de risque, et que les garanties n'ont pas fait leurs preuves.

Enfin, tout reste une proposition. Le Gouvernement dit travailler à sa traduction législative ; le Bundestag peut la modifier.

Conclusion

L'Allemagne ne renonce pas à la répartition : la commission la garde comme pilier central. Elle y ajoute un compte individuel obligatoire, financé par 2 points de cotisation et versé en rente à vie. Un filet de transition, payé par l'impôt, couvre les premières années ; le calendrier, 2028 pour les premières cotisations, dépend d'une loi encore à écrire.

Le coût de cette montée en charge se verrait dans les cotisations bien avant de se voir dans les pensions.

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