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Capitalisation d'État · Étude de cas

Alaska : distribuer les revenus d'un fonds

Publié le 7 octobre 2026

Depuis le 1er octobre 2026, près de 600 000 habitants de l'Alaska reçoivent 1 000 $ chacun, plus 200 $ d'aide à l'énergie. L'argent vient du fonds où l'État place depuis 1976 une part de ses recettes pétrolières. Fin juin 2026, ce fonds valait 91,9 milliards de dollars.

Le cas se distingue par sa forme : une partie du revenu d'un fonds public va directement aux résidents, sans passer par un service public. Il montre aussi ce que cette formule coûte en stabilité.

L’essentiel : Depuis 1982, l'Alaska verse chaque année à ses résidents une part des revenus de son fonds pétrolier : 1 000 $ en 2026, plus 200 $ d'aide à l'énergie. Depuis 2018, l'État prélève 5 % de la valeur moyenne du fonds, 3,8 Md$ en 2026, et le Parlement décide chaque année quelle part revient au dividende.

Un fonds né de la Constitution

En 1976, les électeurs de l'Alaska ont modifié la Constitution de l'État. Au moins 25 % des redevances minières et pétrolières doivent depuis être versées à un fonds permanent. Le capital de ce fonds ne peut servir qu'à des placements qui rapportent un revenu.

La gestion revient depuis 1980 à l'Alaska Permanent Fund Corporation, un organisme public. Son conseil compte six membres, dont quatre personnalités nommées par le gouverneur pour quatre ans. Il ne peut les révoquer que pour faute.

Le fonds est divisé en deux comptes. Le principal, protégé par la Constitution, reçoit les redevances et vaut 73,8 milliards de dollars. Le compte de réserve, 18,1 milliards, reçoit les revenus réalisés : le Parlement de l'État peut les dépenser à la majorité simple.

Depuis 1976, les redevances versées au fonds totalisent 20,8 milliards de dollars, selon le rapport annuel 2026. Le reste de sa valeur vient des placements. Sur l'exercice clos fin juin 2026, il a rapporté 12,42 % après frais.

Un chèque égal pour chaque résident

La première loi sur le dividende, votée en 1980, versait 50 $ par année de résidence depuis 1959. La Cour suprême des États-Unis l'a jugée contraire à la Constitution fédérale en 1982. Le Parlement l'a remplacée par un montant égal pour tous les résidents.

Le premier dividende, 1 000 $, a été versé le 14 juin 1982. Pour y avoir droit, il faut aujourd'hui résider en Alaska depuis une année civile entière et déposer une demande. En 2025, 618 863 demandes ont été payées, pour 738 737 habitants.

Le montant a beaucoup varié, en dollars courants. Il est tombé à 331 $ en 1984 et a atteint 1 964 $ en 2000. En 2008, il a été porté à 2 069 $, complément exceptionnel compris. Il était de 878 $ en 2012 et de 2 072 $ en 2015.

Dividende versé à chaque résident éligible de l'Alaska, en dollars courants
01 0002 0003 0004 000198220002008201520221 200 $

Montants versés, compléments exceptionnels compris certaines années, comme en 2008 et en 2026. Dollars courants, non corrigés de l'inflation. Source : Alaska Department of Revenue, Summary of Dividend Applications & Payments (1982-2025) et communiqué 26-004 (2026) ; années choisies.

Les dernières années ont été plus heurtées encore. Le dividende est passé de 2 072 $ en 2015 à 1 022 $ en 2016. Il a atteint 3 284 $ en 2022, puis 1 702 $ en 2024 et 1 000 $ en 2025.

Depuis 2018, une règle de 5 %

En 2018, la loi dite Senate Bill 26 a créé une règle de prélèvement. Chaque année, l'État peut transférer à son budget 5 % de la valeur moyenne du fonds. La moyenne porte sur cinq des six derniers exercices, ce qui amortit les à-coups des marchés.

Le dividende est ensuite payé par le budget général, comme les autres dépenses. Il entre donc en concurrence avec l'école, la sécurité ou les routes. Le montant de 2026 a été fixé par une loi budgétaire, la House Bill 263, selon le ministère du Revenu de l'Alaska.

Pour l'exercice 2026, le prélèvement a atteint 3,8 milliards de dollars. Les dividendes de 2025, versés pendant cet exercice, ont coûté 619,6 millions, soit environ 16 % du prélèvement. Le reste a financé les autres dépenses de l'État.

Selon le rapport annuel, le prélèvement fournit depuis plusieurs années environ deux tiers des recettes générales non affectées de l'État. Il est fixé à 4,0 milliards de dollars pour l'exercice 2027, et la règle donne 4,1 milliards pour 2028. Le fonds ne finance donc plus seulement un chèque : il fait vivre le budget.

La protection contre l'inflation, laissée de côté

La loi de l'Alaska prévoit de relever chaque année le principal du montant de l'inflation, pour préserver son pouvoir d'achat. Le transfert depuis le compte de réserve exige un vote du Parlement. Ce vote n'a pas eu lieu en 2025 ni en 2026.

Les transferts auraient atteint 1,7 milliard de dollars pour 2025 et 1,6 milliard pour 2026, selon les comptes audités. Depuis l'origine, la protection contre l'inflation a pourtant apporté 27,6 milliards au principal. C'est davantage que toutes les redevances versées.

Le conseil du fonds soutient une révision de la Constitution. Elle fusionnerait les deux comptes, protégerait environ 95 % des actifs et rendrait la protection contre l'inflation automatique. Cette révision n'a pas été adoptée à ce jour.

Une répartition des gains sur cinquante ans

Le rapport annuel 2026 fait le compte de ce que le fonds a gagné depuis sa création : 119,8 milliards de dollars. Les dividendes votés jusqu'en 2018 en ont pris 24,4 milliards. Les prélèvements de la règle des 5 % ont apporté 26,4 milliards au budget depuis 2019.

Le principe rejoint celui que décrit l'article dépenser le revenu, pas le capital : le fonds ne verse qu'une fraction de sa valeur. La Norvège applique une règle voisine, à 3 %, sans aucun versement direct aux habitants. Ses tensions sont décrites dans la règle budgétaire norvégienne à l'épreuve.

L'Alaska montre une autre fragilité. Une règle de prélèvement votée par une loi ordinaire peut être modifiée par une autre loi. La protection contre l'inflation, elle, peut rester sans vote, comme en 2025 et en 2026. Ces garde-fous sont étudiés dans l'article sur les tentations politiques.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les montants du dividende sont en dollars courants. Les corriger de l'inflation demanderait un indice des prix que ce blog n'a pas vérifié pour l'Alaska.

Le dividende n'est pas une pension. Il est versé à tous les résidents éligibles, enfants compris, quel que soit leur âge ou leur revenu. Son effet sur la pauvreté ou l'emploi n'est pas mesuré ici.

L'Alaska est un cas à part. L'État comptait 738 737 habitants en 2025, pour un fonds de 91,9 milliards de dollars fin juin 2026, nourri par le pétrole. Les montants ne se transposent pas à un pays bien plus peuplé, sans recette comparable.

Conclusion

Le fonds de l'Alaska a tenu sa promesse première : transformer des redevances pétrolières en un capital qui rapporte. Le dividende, lui, est devenu une ligne du budget, décidée chaque année. Depuis 2018, la règle des 5 % stabilise le prélèvement, mais pas le partage entre le chèque et les services publics.

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