Capitalisation en France · Comparaison
Préfon et Corem : deux retraites en points
Publié le 7 octobre 2026
Bien avant le plan d'épargne retraite, des épargnants cotisaient déjà, de leur plein gré, à des régimes de retraite par capitalisation en points. Préfon-Retraite, créé par des fonctionnaires, et Corem en sont les deux plus connus. Ils gèrent ensemble plus de 22 milliards d'euros.
Les deux fonctionnent en points, comme l'Agirc-Arrco, mais leurs points sont adossés à un capital placé. Leur histoire montre ce que devient une promesse de rente quand les taux d'intérêt changent.
L’essentiel : Préfon-Retraite et Corem transforment depuis des décennies des cotisations volontaires en points, puis en rente viagère. Le contrat Préfon interdit de baisser la valeur du point ; celui de Corem le permet, et l'UMR l'a baissée de 12,6 % en 2022, avant de la relever de 13,1 % entre 2022 et 2026.
Une cotisation qui achète des points
Le principe est le même dans les deux régimes. Chaque cotisation, nette de frais, achète des points à un prix fixé chaque année. À la retraite, les points sont convertis en rente viagère : nombre de points multiplié par la valeur de service du point.
En 2026, chez Préfon, le point s'achète 1,99118 € et la valeur de service du point de rente est de 0,10219 €. Chez Corem, la valeur de service est de 0,593267 € au 1er janvier 2026. Les deux points n'ont pas la même échelle : seule leur évolution se compare.
Ces régimes relèvent d'un chapitre particulier du Code des assurances, l'article L441-1 et les suivants. Leurs actifs sont isolés de ceux des autres assurés de l'organisme. Ils servent uniquement à payer les rentes du régime.
La gestion est collective. Un épargnant ne possède pas un compte en euros dont il suivrait la valeur au jour le jour. Il détient des points, dont la valeur dépend des décisions prises chaque année pour l'ensemble des adhérents.
Deux régimes, deux âges
Préfon-Retraite est souscrit par l'association Préfon auprès de CNP Retraite, qui en est l'assureur. Selon Préfon, son portefeuille valait 13,5 milliards d'euros en valeur de marché fin 2025. Depuis le 1er décembre 2019, c'est un plan d'épargne retraite, dont l'article le PER, ce que dit la loi détaille les règles.
Le régime reçoit encore beaucoup de nouveaux affiliés. En 2025, la collecte a atteint 291,7 millions d'euros, et 6 533 personnes s'y sont affiliées, contre 5 048 en 2024, selon CNP Retraite.
Corem est géré par l'UMR, un assureur du groupe VYV. L'UMR a repris en 2002 des engagements de retraite portés jusque-là par d'autres structures. Fin 2025, Corem comptait 321 853 adhérents, dont 162 561 allocataires qui touchent une rente.
Corem est un régime mûr, qui verse davantage qu'il ne reçoit. En 2025, il a encaissé 103,8 millions d'euros de cotisations et versé 389,8 millions de prestations. Son actif valait 9 094 millions d'euros en valeur de marché fin 2025.
La différence décisive : le point peut-il baisser ?
Depuis 2017, la loi oblige ces contrats à dire « en caractères très apparents » si la valeur de service peut baisser. Les contrats conclus depuis le 1er juillet 2017 doivent prévoir cette possibilité, dans des limites fixées par voie réglementaire.
Les deux régimes ont répondu différemment. La notice Préfon de 2026 indique que la valeur de service du point « ne peut pas diminuer ». Le règlement de Corem prévoit au contraire qu'elle peut varier « à la hausse ou à la baisse ».
La garantie de Préfon a une contrepartie, prévue par la même notice. Si les actifs couvrent moins de 110 % des engagements, la valeur de transfert d'un affilié qui quitte le régime peut être réduite. La réduction ne peut dépasser 15 % de ses droits.
2022 : la baisse du point Corem
Le taux de couverture rapporte les actifs du régime, plus-values latentes comprises, à la valeur actuelle des rentes promises. Cette valeur actuelle se calcule avec des taux d'intérêt : plus ils sont bas, plus elle est lourde. L'article sur le taux de couverture néerlandais décrit le même mécanisme.
Selon l'UMR, le taux de couverture de Corem est resté sous 100 % trois années de suite, de 2019 à 2021. Le 23 mars 2021, son conseil d'administration a décidé de baisser la valeur de service du point de 12,6 %. Appliquée le 1er janvier 2022, la baisse l'a fait passer de 0,600114 € à 0,524500 €.
La mesure a ramené le taux de couverture à 105 %, selon le rapport de l'UMR. Pour un allocataire, la rente a baissé dans la même proportion que le point. L'UMR la présente comme un moyen de rétablir l'équilibre entre adhérents récents et anciens.
Ce n'était pas la première fois. Un régime plus ancien de l'UMR, aujourd'hui fermé, avait déjà vu sa valeur de service réduite de 33,3 %. Il a ensuite été converti en rentes en euros au 1er janvier 2015.
L'axe commence à 50 centimes, pas à zéro. Valeurs en euros courants, non corrigées de l'inflation. Source : UMR, Rapport SFCR 2025, tableau de la valeur du point (valeur identique de 2018 à 2021).
Après 2022 : la remontée des taux
La hausse des taux d'intérêt a ensuite allégé la valeur actuelle des rentes promises. Le taux de couverture de Corem a atteint 144,1 % fin 2023, 143,3 % fin 2024 et 154,8 % fin 2025. Pour 2025, l'UMR l'explique par les plus-values sur les actions et la hausse des taux.
Le point a été relevé en 2024, en 2025, puis de 3,1 % au 1er janvier 2026. À 0,593267 €, soit 59,33 centimes, il reste inférieur de 1,1 % à sa valeur de 2021. Le graphique montre ce trajet.
Chez Préfon, la valeur de service est passée de 0,09963 € en 2025 à 0,10219 € en 2026, soit une hausse de 2,6 %. Les actifs couvraient 141,5 % des engagements fin 2025, selon Préfon. L'organisme indique aussi que la rente a augmenté de 116 % depuis 1990, quand les prix montaient de 79,4 %.
Des placements surtout obligataires
Un régime qui doit verser des rentes pendant des décennies place d'abord en obligations. Fin 2025, Préfon détenait 69,1 % d'obligations à taux fixe et 13,5 % d'actions, cotées ou non. Corem détenait 44,4 % d'obligations en direct et 19,8 % d'actions.
Les frais diffèrent aussi. Depuis le 1er janvier 2026, Préfon prélève 1 % sur chaque versement, au lieu de 2,05 %, et au plus 0,70 % par an sur le régime. Corem prélève 2 % sur chaque versement, au plus 0,37 % par an de l'épargne gérée et 1 % des rentes. L'effet d'un écart de frais sur une carrière est détaillé dans la section du site sur le poids des frais.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Les taux de couverture des deux régimes ne se comparent pas directement. Chacun dépend de la table de mortalité et de la courbe de taux retenues pour calculer les engagements. Corem publie les siennes ; la page de Préfon consultée ne les donne pas.
Les valeurs du point sont en euros courants. Ce blog n'a pas vérifié lui-même le pouvoir d'achat des rentes sur longue période : le chiffre de 1990 est celui que publie Préfon.
Un taux de couverture élevé n'est pas une garantie. Les deux régimes ont un actif surtout obligataire, sensible aux taux. Un retour à des taux très bas pèserait de nouveau sur leur équilibre.
Conclusion
Préfon et Corem appliquent la même mécanique : des cotisations volontaires, des points, un capital collectif qui finance des rentes à vie. Une clause les sépare : la possibilité de baisser le point. Corem l'a utilisée en 2022, quand les taux étaient au plus bas, puis a relevé le point quand ils ont remonté. La sécurité d'une rente en points dépend de cette clause autant que des placements.
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