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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Scénarios pour la France · Simulation

Financer un fonds avec les dividendes de l'État

Publié le 8 octobre 2026

L'Agence des participations de l'État (APE) gère les participations de l'État dans 86 entreprises, dont Airbus, Engie, Orange et EDF. Elle estimait leur valeur à 209,1 milliards d'euros au 30 juin 2025. Chaque année, ces entreprises versent des dividendes à l'État.

Cet article calcule ce que donnerait un fonds de retraite public alimenté par ces revenus, ou par ces actions elles-mêmes. Il mesure aussi ce que le budget y perdrait.

L’essentiel : De 2014 à 2024, les entreprises du portefeuille de l'État lui ont versé 2,5 Md€ de dividendes par an en moyenne, entre 0,3 et 4,1 Md€ selon l'année. Placés trente ans dans un fonds, ces versements donneraient 75 à 143 Md€ ; apporter d'un coup les 67,9 Md€ d'actions cotées donnerait 68 à 220 Md€, mais concentrés sur dix entreprises françaises.

Des dividendes modestes et irréguliers

Le rapport d'activité de l'APE publie les dividendes perçus par l'État depuis 2014. Ils ont atteint 4,1 milliards d'euros en 2014, puis sont descendus à 0,3 milliard en 2020. En 2024, ils s'élevaient à 2,5 milliards, versés en numéraire.

Sur les dix années publiées, la moyenne est de 2,5 milliards d'euros par an. Une partie a été versée en actions plutôt qu'en argent : 1,3 milliard en 2017, 1,2 milliard en 2021. Pour 2025, l'APE indique que les entreprises avaient « déjà versé plus de 4,3 Md€ ».

Dividendes perçus par l'État des entreprises du portefeuille de l'APE, en milliards d'euros
20144,1 Md€20153,9 Md€20172,8 Md€20182,4 Md€20192,3 Md€20200,3 Md€20212,1 Md€20222,3 Md€20232,3 Md€20242,5 Md€

Le rapport ne publie pas l'année 2016. Montants en euros courants. Source : APE, Rapport d'activité 2024-2025, figure 8 (numéraire et titres).

Le montant dépend des résultats des entreprises et des décisions de leurs actionnaires, année après année. Un fonds alimenté par ces dividendes recevrait donc des sommes très variables d'une année sur l'autre.

Une recette déjà dépensée

Ces dividendes ont déjà un emploi. L'APE rappelle qu'ils sont « intégralement versés au budget général de l'État ». Ils s'ajoutent aux recettes du budget, comme l'impôt.

Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1er octobre 2026, en donne l'ordre de grandeur. Il inscrit 4,2 milliards d'euros de « dividendes et recettes assimilées » pour 2027. Cette ligne dépasse les seuls dividendes des entreprises : elle comprend aussi des bénéfices d'établissements publics et d'autres « recettes assimilées ».

Le projet prévoit une baisse par rapport à 2025 et 2026, où cette ligne atteignait 6,5 milliards d'euros. Il l'explique notamment par une diminution des dividendes de 1,8 milliard d'euros.

Affecter ces sommes à un fonds créerait donc un trou équivalent dans le budget. Tant que l'État est en déficit, il le comblerait par l'emprunt. Le fonds devrait alors rapporter plus que le coût de la dette, comme l'explique l'article un État peut-il emprunter pour investir ?.

Variante A : verser chaque année la moyenne

Supposons que l'État verse à un fonds 2,5 milliards d'euros par an, la moyenne de 2014 à 2024. Le versement reste constant en euros d'aujourd'hui pendant trente ans. Les trois scénarios de rendement réel du blog s'appliquent : 0 %, 2,5 % et 4 % par an.

Au bout de trente ans, l'État aurait versé 75 milliards d'euros. Avec un rendement nul, le fonds vaudrait ces 75 milliards. Il atteindrait 111,2 milliards avec 2,5 % par an, et 143,2 milliards avec 4 %.

Retirer ensuite 3 % de sa valeur chaque année, la règle norvégienne, donnerait 2,3 à 4,3 milliards d'euros par an. Cela représente 0,5 % à 1,0 % des 422,2 milliards de dépenses de retraite de 2025, mesurées par le COR.

Variante B : apporter les actions elles-mêmes

L'État pourrait aussi transférer au fonds une partie de ses participations. Au 30 juin 2025, ses actions cotées valaient 67,9 milliards d'euros, selon l'APE. Le fonds les garderait et réinvestirait leurs dividendes.

Avec un rendement réel nul, le fonds vaudrait toujours 67,9 milliards d'euros trente ans plus tard. Il atteindrait 142,4 milliards avec 2,5 % par an et 220,2 milliards avec 4 %. La règle des 3 % donnerait alors 2,0 à 6,6 milliards d'euros par an, soit 0,5 % à 1,6 % des dépenses de retraite de 2025.

Valeur du fonds après trente ans, en milliards d'euros constants (en Md€)
7567,9Défavorable (0 %)111142Central (2,5 %)143220Favorable (4 %)A : 2,5 Md€ versés chaque annéeB : 67,9 Md€ d'actions apportés d'un coup

Source : Calcul du blog à partir des données de l'APE (rapport d'activité 2024-2025).

La variante B part d'un capital plus gros, qui rapporte dès la première année. Dès que le rendement est positif, elle finit au-dessus de la variante A. Elle ne demande aucun versement, mais le budget perd chaque année les dividendes des sociétés cotées : 1,9 milliard d'euros en 2024.

Un portefeuille très concentré

Les deux variantes n'exposent pas le fonds au même risque. Dans la variante B, le fonds détiendrait dix entreprises françaises. Trois d'entre elles, Airbus, Thales et Safran, pèsent 42,4 milliards d'euros, soit 62,5 % du portefeuille coté.

Cette concentration a porté le portefeuille sur un an : il a gagné 35 % entre juin 2024 et juin 2025, contre 2,5 % pour le CAC 40. Elle joue aussi dans l'autre sens. Sur la même période, Eramet a perdu 51,2 % et Renault 18,2 %.

Un fonds de retraite diversifié répartit au contraire ses placements entre de nombreuses entreprises et de nombreux pays. L'article sur la concentration et le biais domestique décrit ce que coûte un portefeuille trop proche de son économie nationale. Ici, le fonds risquerait de perdre de la valeur au moment même où l'économie française ralentirait.

S'ajoute un conflit d'objectifs. L'APE présente son rôle comme celui d'un actionnaire « au service de la souveraineté ». Un fonds de retraite qui vendrait ses actions Thales pour se diversifier entrerait en contradiction avec cette mission.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les simulations supposent un rendement régulier. Or les dividendes de l'État ont varié de 0,3 à 4,1 milliards d'euros selon l'année. Un portefeuille de dix valeurs varie aussi bien davantage qu'un fonds diversifié.

La valeur de 209,1 milliards d'euros comprend 72 entreprises non cotées, comme EDF ou la SNCF. Leur valeur est estimée, faute de cours de Bourse. Seuls les 67,9 milliards d'euros d'actions cotées ont un prix de marché.

Le calcul ignore enfin le choix politique. Affecter des recettes ou des actions à un fonds est une décision sur laquelle une majorité suivante peut revenir. Le Fonds de réserve pour les retraites l'a montré, comme le rappelle l'article comment un État alimente un fonds.

Conclusion

Les dividendes de l'État représentent environ 2,5 milliards d'euros par an, et le budget en a besoin. Placés trente ans, ils financeraient au mieux 1 % des dépenses de retraite actuelles. Apporter les actions cotées donnerait davantage dès que le rendement est positif, au prix d'un fonds concentré sur dix entreprises françaises. Les participations publiques peuvent amorcer un fonds, sans en assurer seules le financement.

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