Comprendre les chiffres · Décryptage
Lire le Panorama des pensions de l'OCDE
Publié le 9 octobre 2026
Tous les deux ans, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publie Pensions at a Glance, son panorama des retraites. L'édition 2025, la onzième, est parue en novembre 2025. Ses tableaux nourrissent la plupart des comparaisons internationales du débat français.
Chaque chiffre y obéit pourtant à une convention précise. Les ignorer conduit à comparer des grandeurs qui ne mesurent pas la même chose.
L’essentiel : Le Panorama des pensions de l'OCDE compare les retraites de ses pays membres, mais chaque indicateur repose sur une convention : un cas type de carrière complète, une année de données parfois vieille de quatre ans, un seuil de pauvreté à 50 % du revenu médian. Lu avec ces conventions, il place la France au-dessus de la moyenne pour le taux de remplacement, la dépense et le revenu des plus de 65 ans, et en dessous pour leur pauvreté.
Ce que contient le rapport
Le rapport recense les mesures de retraite votées dans les pays membres entre septembre 2023 et septembre 2025. Deux chapitres thématiques ouvrent le rapport. En 2025, l'un traite du vieillissement et des réformes récentes, l'autre de l'écart de pension entre femmes et hommes.
Viennent ensuite sept chapitres d'indicateurs, repris d'une édition à l'autre. Ils décrivent la conception des systèmes, les droits à pension et le contexte démographique. Les suivants portent sur les revenus des personnes âgées, les finances des régimes et l'épargne retraite. Des fiches par pays complètent le rapport en ligne.
Le taux de remplacement : un cas type
Le chiffre le plus cité est le taux de remplacement. Pour la France, l'OCDE l'évalue à 56,6 % en brut et à 70,0 % en net, pour un salarié au salaire moyen. La moyenne des pays de l'OCDE est de 52,0 % en brut et de 63,2 % en net.
Ce taux ne mesure pas les pensions versées aujourd'hui. Il décrit une personne fictive, entrée dans la vie active à 22 ans en 2024 et qui cotise sans interruption jusqu'à l'âge normal de départ. Pour la France, le rapport retient 64 ans comme âge minimal et 65 ans comme âge normal.
Le calcul ne retient que les régimes obligatoires, de base et complémentaires. Il suppose un salaire constant par rapport au salaire moyen pendant toute la carrière. Les autres hypothèses valent pour tous les pays. L'inflation est de 2 %, les salaires réels progressent de 1,25 % par an et l'épargne retraite rapporte 2,5 % au-delà de l'inflation.
Le taux brut rapporte la pension brute au salaire brut. Le taux net tient compte des impôts et des cotisations payés sur le salaire comme sur la pension. L'article sur le taux de remplacement compare cette méthode à celle du COR.
Des règles arrêtées en septembre 2025
Le rapport s'arrête aux mesures votées jusqu'en septembre 2025. La loi de financement de la sécurité sociale du 30 décembre 2025 n'y figure donc pas. Selon le COR, elle suspend la montée en charge de la réforme de 2023 pour la génération 1964 et le début de la génération 1965.
Le cas type de l'OCDE n'en est pas modifié. La hausse reprend ensuite : l'âge minimal atteindra 64 ans pour la génération 1969, au lieu de 1968. La durée de cotisation exigée atteindra 172 trimestres, soit 43 ans, pour la génération 1966. Une personne née en 2002 reste soumise à ces deux règles.
Une dépense mesurée avec retard
Le rapport chiffre la dépense publique de retraite de la France à 13,4 % du PIB, contre 8,1 % en moyenne dans l'OCDE. Pour la France, la donnée porte sur 2022. Elle couvre les prestations de vieillesse et de survie versées en espèces.
Deux colonnes voisines changent la lecture. Une fois déduits les impôts et cotisations payés sur les pensions, la dépense française tombe à 12,0 % du PIB. En ajoutant les prestations en nature, elle monte à 13,8 %. L'article les retraites pèsent combien dans le PIB ? rapproche ces chiffres de ceux du COR.
Le rapport publie aussi des projections jusqu'en 2060. Pour la France, la dépense passerait de 14,1 % du PIB en 2023-2024 à 13,5 % en 2060. Ces chiffres viennent du rapport 2024 de la Commission européenne sur le vieillissement, antérieur aux projections de population de l'Insee de 2026.
Une démographie venue de l'ONU
Le rapport mesure le vieillissement par le nombre de personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans. Ses données viennent des Nations unies, et non des instituts nationaux.
2054 et 2084 sont des projections. Source : OCDE, Pensions at a Glance 2025, tableau 6.2 (Nations unies, World Population Prospects 2024).
La France comptait 40,2 personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes d'âge actif en 2024, contre 32,6 en moyenne. Le rapport projette 53,4 en 2054 et 59,9 en 2084. La moyenne de l'OCDE passerait à 55,2, puis à 67,7 : la France a vieilli plus tôt que la moyenne, mais vieillirait moins loin.
Revenus et pauvreté : un seuil plus bas
Selon le rapport, le revenu moyen des plus de 65 ans atteignait en France 94,3 % de celui de l'ensemble de la population en 2022. La moyenne de l'OCDE est de 86,6 %.
Le taux de pauvreté des plus de 65 ans y est de 6,1 % en France, contre 14,8 % en moyenne. L'OCDE fixe le seuil de pauvreté à 50 % du revenu médian. L'Insee, comme l'Union européenne, le fixe à 60 %.
Avec ce seuil plus élevé, le taux de pauvreté des retraités atteint 10,4 % en 2024 selon l'Insee, contre 15,4 % pour l'ensemble de la population. Les deux chiffres sont exacts : ils ne répondent pas à la même définition. Dans le rapport de l'OCDE, le taux de l'ensemble de la population française est de 8,3 %.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Un taux de remplacement théorique ne dit rien des carrières réelles, souvent interrompues ou commencées plus tard. Il ne dit pas non plus combien de temps la pension sera versée, ni comment elle évoluera après le départ.
Les années de référence diffèrent d'un tableau à l'autre : 2021, 2022 ou 2023 pour la dépense, 2024 pour les taux de remplacement. Les comparaisons mêlent ainsi des pays observés à des dates différentes.
Le rapport compare enfin des systèmes dont l'équilibre financier n'est pas analysé ici. Une dépense élevée peut s'accompagner de cotisations élevées, ou de déficits. Les rapports du COR, propres à la France, détaillent cet équilibre.
Conclusion
Chaque tableau du Panorama a sa convention. Le taux de remplacement décrit un cas type, la dépense date de 2022, la pauvreté se mesure à 50 % du revenu médian. Une fois ces conventions connues, le rapport situe la France au-dessus de la moyenne pour les pensions et la dépense. Ses plus de 65 ans y ont un revenu plus élevé et un taux de pauvreté nettement plus bas que la moyenne.
Lectures recommandées
- Lire un rapport du COR — La même méthode de lecture appliquée au rapport annuel du Conseil d'orientation des retraites.
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