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Risques et conditions de réussite · Décryptage

Chili : le fonds le plus prudent perd 10 %

Publié le 26 octobre 2026

Au Chili, l'épargne retraite obligatoire se place dans cinq fonds, du plus risqué, le A, au plus conservateur, le E. En 2026, l'ordre attendu s'est inversé. Le fonds E a perdu plus de 10 % en neuf mois, le fonds A en a gagné plus de 8.

Le 20 octobre, le régulateur a ouvert une procédure contre les sept sociétés de gestion. Le cas montre qu'un placement dit prudent n'est pas un placement sans risque.

L’essentiel : Au Chili, le fonds de pension classé « le plus conservateur », le fonds E, a perdu 10,39 % en termes réels de janvier à septembre 2026, quand le fonds le plus risqué gagnait 8,61 %. Placé à 93 % en obligations, il a subi la hausse des taux ; le régulateur a ouvert le 20 octobre une procédure de sanction contre les sept sociétés de gestion.

Cinq fonds, une échelle de risque

Chaque salarié chilien verse une part de son salaire sur un compte individuel, géré par une administratrice de fonds de pension, ou AFP. Le système est décrit dans l'article sur les leçons du modèle chilien. L'affilié choisit l'un des cinq fonds proposés par son AFP.

La loi les ordonne par leur part d'actions. Le montant placé en actions par le fonds A doit dépasser celui du B, qui dépasse celui du C, et ainsi de suite jusqu'au E. Le rapport mensuel de la Superintendance des pensions qualifie le fonds E de « más conservador », le plus conservateur.

Fin septembre 2026, le fonds E détenait 93,4 % d'obligations et 6,1 % d'actions. Le fonds A détenait 18,6 % d'obligations seulement.

Part des obligations dans chaque fonds de pension chilien, au 30 septembre 2026 (en %)
18,6Fonds A38,8Fonds B58,3Fonds C79Fonds D93,4Fonds E

Source : Superintendencia de Pensiones, rapport mensuel de septembre 2026, tableau 16.

Les fonds B, C et D se placent entre les deux, avec 38,8 %, 58,3 % et 79,0 % d'obligations.

Neuf mois de résultats inversés

La Superintendance publie chaque mois la rentabilité réelle de chaque fonds, c'est-à-dire corrigée de l'inflation. Les chiffres de septembre 2026 dessinent une échelle à l'envers.

Fonds Septembre 2026 Janvier à septembre 2026 Moyenne annuelle depuis 2002
A, le plus risqué -0,65 % +8,61 % 5,90 %
B -1,23 % +5,26 % 5,04 %
C -3,10 % -1,50 % 4,15 %
D -4,19 % -6,38 % 3,27 %
E, le plus conservateur -4,92 % -10,39 % 2,57 %

Sur douze mois, d'octobre 2025 à septembre 2026, le fonds E recule de 9,38 %. Il pesait 20,7 milliards de dollars américains fin septembre, sur 235,5 milliards pour l'ensemble des fonds.

Le régulateur attribue l'écart principal aux actions étrangères, qui ont porté les fonds A et B. Selon lui, l'indice mondial MSCI a gagné 18,58 % en pesos chiliens de janvier à septembre.

La hausse des taux, un risque des obligations

Le prix d'une obligation baisse quand les taux d'intérêt montent : le titre ancien rapporte moins que les titres neufs. La perte est d'autant plus forte que l'échéance est lointaine. L'article sur les fonds face à la baisse des taux décrit le mécanisme inverse, qui pèse sur les engagements.

C'est ce qui s'est produit en 2026. Selon la Superintendance, les taux de la dette chilienne ont monté toute l'année. Les fonds D et E ont perdu « por la vía de las pérdidas de capital ». En septembre, la Réserve fédérale américaine a relevé son taux directeur à une fourchette de 3,75 % à 4,00 %.

Le taux de l'emprunt d'État américain à dix ans a alors atteint 5,29 %. Pour le seul mois de septembre, la dette étrangère a retiré 2,80 points au fonds E. La dette chilienne lui en a retiré 1,23.

Des dérivés en territoire négatif

Le portefeuille contient aussi des instruments dérivés, des contrats dont la valeur dépend d'un taux, d'une devise ou d'un indice. Au 30 septembre, ceux du fonds E avaient une valeur négative de 900 881 millions de pesos. Cela représentait -4,5 % de son actif.

Pour l'ensemble des fonds, les dérivés valaient -4,4 % de l'actif. Les documents de la Superintendance ne détaillent pas les opérations en cause ni leur objet.

Le régulateur ouvre une procédure de sanction

Le 20 octobre, la Superintendance a annoncé un « proceso sancionatorio » contre chacune des sept AFP. Elle vise leur responsabilité « en las decisiones de inversión adoptadas », à l'origine des pertes qui ont touché « particularmente » les fonds D et E.

La procédure doit établir si les sociétés ont manqué à leur devoir de loyauté et de diligence. Ce devoir figure à l'article 147 du décret-loi de 1980 qui fonde le système. Selon ce texte, les AFP doivent agir « exclusivamente » dans l'intérêt des fonds qu'elles gèrent.

La Superintendance invoque aussi une norme du 18 juillet 2025 sur les devoirs fiduciaires. Elle impose aux gestionnaires des devoirs de soin et de compétence, et la détection des conflits d'intérêts. L'ouverture d'une procédure ne préjuge pas de son issue.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Neuf mois ne font pas un bilan. Depuis septembre 2002, date de création des cinq fonds, le fonds E a rapporté 2,57 % par an au-delà de l'inflation. Il reste dans l'ordre attendu sur cette période, sous les quatre autres.

Les rendements publiés sont des moyennes par fonds. Ils ne disent pas combien d'épargnants ont subi la perte, ni à quel âge, ni s'ils étaient proches du départ.

Un écart de cette ampleur n'est pas propre au Chili. Tout portefeuille chargé d'obligations à long terme perd de la valeur quand les taux montent vite. La part sûre d'une épargne protège surtout contre la chute des actions, comme l'explique l'article sur le dosage entre part sûre et part risquée.

Enfin, l'organisation actuelle va changer. Un nouveau régime de dix fonds générationnels entre en vigueur le 1er avril 2027. Leur placement suivra l'âge des affiliés, avec un risque réduit à l'approche de la retraite.

Conclusion

Le fonds le plus conservateur du Chili a perdu 10,39 % en neuf mois. En cause : la hausse des taux et des dérivés à valeur négative. Le mot « conservateur » désigne une faible part d'actions ; il ne garantit pas l'absence de pertes. Le régulateur doit maintenant dire si les gestionnaires ont manqué à leurs devoirs.

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