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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Capitalisation personnelle · Explication

Part sûre, part risquée : doser selon l'horizon

Publié le 5 octobre 2026

En 2008, les actions américaines ont perdu 39,3 % de leur valeur une fois l'inflation déduite. Sur vingt ans, en revanche, aucune période n'a perdu de pouvoir d'achat depuis 1871. Une épargnante de 30 ans peut attendre que les marchés se redressent ; à deux ans de la retraite, elle n'en a plus le temps.

De ce constat découle une règle appliquée par plusieurs dispositifs de retraite par défaut : réduire la part risquée à mesure que la sortie approche. La France l'a inscrite dans le droit du plan d'épargne retraite, la Suède dans son fonds public par défaut. Leurs calendriers ne sont pas les mêmes.

L’essentiel : Sur un an, les actions américaines ont perdu jusqu'à 39,3 % après inflation ; sur vingt ans, aucune période n'a perdu de pouvoir d'achat depuis 1871 aux États-Unis. C'est pourquoi le plan d'épargne retraite français et le fonds par défaut suédois réduisent la part risquée à l'approche de la sortie : le profil par défaut du PER exige 70 % d'actifs peu risqués deux ans avant le départ, et AP7 Såfa passe de 100 % d'actions à 55 ans à un tiers à 75 ans.

Pourquoi le risque change avec l'horizon

Les données de l'économiste Robert Shiller couvrent les actions américaines, dividendes réinvestis, depuis 1871. Sur un an, près d'une année sur trois a été négative après inflation, et la pire a coûté 39,3 %. Sur dix ans, une période sur dix perd encore de l'argent. Sur vingt ans, aucune.

Le détail de ces calculs figure dans l'article sur la volatilité et la durée. Il en ressort une conclusion simple : la part risquée se justifie par le temps qu'il reste pour la porter.

Un second motif tient au montant en jeu. Le gestionnaire du fonds suédois AP7 le formule ainsi dans son rapport annuel 2025. Le capital de ses épargnants est « le plus élevé juste après le départ en retraite ». La sensibilité aux mauvais résultats y est donc « la plus forte » (traduit du suédois).

Une même baisse de 30 % coûte peu sur un petit capital de début de carrière, et beaucoup sur le capital accumulé à 63 ans. Si des retraits ont commencé, la perte devient en partie définitive : c'est ce que montre l'article sur un départ à la retraite en pleine baisse. Selon le même rapport, une réduction progressive du risque est « le principal outil pour gérer ce risque ».

La règle française : une sécurisation minimale par profil

Le plan d'épargne retraite place les versements, sauf choix contraire du titulaire, dans une gestion qui réduit le risque avec le temps. Selon l'article D224-3 du code monétaire et financier, elle garantit « une diminution progressive de la part des actifs à risque élevé ou intermédiaire ». Cette diminution suit l'approche de la date de départ envisagée.

Un arrêté du 7 août 2019, modifié en 2024, fixe le rythme minimal pour quatre profils. Sans choix exprès du titulaire, c'est le profil « équilibré horizon retraite » qui s'applique. Il n'impose aucun minimum d'actifs peu risqués avant dix ans du départ. Il en exige ensuite 20 % à dix ans, 50 % à cinq ans et 70 % à deux ans.

Le profil prudent exige 30 % d'actifs peu risqués jusqu'à dix ans du départ, puis 60 %, 80 % et 90 %. Les profils dynamique et offensif n'exigent rien avant cinq ans, puis 30 % à cinq ans et 50 % à deux ans. Les autres règles du plan, dont le blocage et la sortie, sont détaillées dans l'article sur le PER.

L'arrêté définit aussi ce qu'est un actif peu risqué : un actif dont l'indicateur synthétique de risque européen est « inférieur ou égal à 2 ». Dans un contrat d'assurance, les engagements en euros en font partie. Les seuils s'apprécient lors des réallocations, faites au moins une fois par semestre.

La date de départ envisagée reste au choix du titulaire, qui peut la modifier à tout moment. Il peut aussi demander expressément à ne pas suivre le rythme minimal de sécurisation.

Le choix suédois : AP7 Såfa

En Suède, l'épargnant qui ne choisit pas de fonds pour sa pension de prime est placé dans AP7 Såfa. Son gestionnaire la décrit comme une consigne de répartition entre deux fonds publics : un fonds d'actions mondiales et un fonds de taux.

Le fonds de taux est décrit comme un fonds à faible risque. Il détient des obligations d'entreprises, des obligations de logement et des titres d'organisations supranationales, tous couverts contre le change. Le fonds d'actions détient environ 2 000 titres et recourt à des instruments qui augmentent le risque et le rendement attendu.

Jusqu'à 55 ans, l'épargne est placée à 100 % dans le fonds d'actions. De 56 à 75 ans, 3 à 4 % du capital passent chaque année vers le fonds de taux. À partir de 75 ans, la répartition reste fixe pour le reste de la vie : 67 % en taux, 33 % en actions. La même règle est présentée sur la page du site consacrée à la Suède.

Deux calendriers côte à côte

Le profil français s'exprime en années avant le départ, le choix suédois en âge. Pour les comparer, le graphique suppose un départ envisagé à 64 ans pour le plan français.

Part de l'épargne placée en actifs peu risqués selon l'âge
0255075100455459627590 %70 %50 %67 %PER, profil prudentPER, profil équilibré, par défautPER, profils dynamique et offensifAP7 Såfa, fonds par défaut suédois

PER : minimum légal pour un départ envisagé à 64 ans, choisi pour l'exemple. AP7 Såfa : part du fonds de taux ; le rapport annuel donne 0 % jusqu'à 55 ans, 67 % dès 75 ans et un transfert de 3 à 4 points par an entre les deux, que la droite résume. Source : Arrêté du 7 août 2019 modifié, version en vigueur au 5 octobre 2026 ; AP7, rapport annuel 2025.

Les deux règles commencent à réduire le risque presque au même âge. Dans cet exemple, c'est 54 ans pour le profil français par défaut, 56 ans pour AP7 Såfa.

La pente diffère ensuite. Le profil équilibré français atteint 70 % d'actifs peu risqués à 62 ans. AP7 Såfa en compte alors entre 21 % et 28 %, selon sa règle de 3 à 4 points par an.

Les deux règles ne visent pas la même échéance. Dans le plan français, les versements volontaires peuvent sortir en capital, d'un coup, au départ : l'horizon s'arrête alors. Dans AP7 Såfa, l'épargne reste placée après le départ, avec deux tiers en taux et un tiers en actions « pour le reste de la vie ».

Ce que ces chiffres ne disent pas

Les seuils du plan français sont des minimums. Un gestionnaire peut sécuriser plus vite, et les profils réels diffèrent d'un plan à l'autre. Un indicateur de risque de 2 signale un risque faible : un fonds obligataire de cette catégorie peut lui aussi perdre de la valeur.

Réduire la part risquée réduit aussi le rendement attendu. Sécuriser trop tôt protège d'une baisse au prix d'un capital final plus faible en moyenne.

Les données de Shiller portent sur le seul marché américain, l'un des plus favorables du siècle passé, en dollars et sans frais. La droite tracée pour AP7 résume une règle de 3 à 4 points par an, que le rapport ne détaille pas année par année.

Conclusion

Plus l'horizon est court, moins une part risquée a le temps de se remettre d'une baisse, et plus le capital exposé est gros. Le plan d'épargne retraite français et le fonds suédois par défaut en tirent la même règle : réduire progressivement la part risquée. Le PER sécurise plus vite, avant une échéance où l'épargne peut sortir d'un coup. AP7 sécurise plus lentement une épargne qui reste placée pendant la retraite.

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