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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Comprendre les chiffres · Décryptage

Le départ à la retraite réduit-il la pauvreté ?

Publié le 28 octobre 2026

La retraite passe souvent pour une chute de revenus. Une étude de la Drees, présentée au Conseil d'orientation des retraites le 15 octobre, mesure l'inverse pour le risque de pauvreté. Pour les personnes parties en 2020, il a baissé de plus de quatre points au moment du départ.

Le résultat éclaire ce que protège le système actuel, et ce qu'il laisse en place.

L’essentiel : Pour les personnes parties à la retraite en 2020, le taux de pauvreté est passé de 12,4 % l'année précédant le départ à 8,3 % l'année suivante, selon une étude de la Drees présentée au COR le 15 octobre 2026. La baisse touche tous les groupes, mais ne gomme pas les écarts : les anciens chômeurs restent pauvres à 12,1 %, les anciens salariés à 4,9 %.

Avant et après le départ

L'étude suit les mêmes personnes sur deux années : la dernière année pleine avant la retraite et la première année pleine après. Elle croise pour cela l'échantillon interrégimes de retraités et l'échantillon démographique permanent de l'Insee.

Une personne est pauvre, au sens monétaire, quand le niveau de vie de son ménage passe sous 60 % du niveau de vie médian. En 2023, ce seuil valait 1 288 € par mois pour une personne seule.

Pour les nouveaux retraités de 2020, le taux de pauvreté passe de 12,4 % l'année précédant le départ à 8,3 % l'année suivante. La baisse atteint 4,1 points. Chez les femmes, il passe de 12,3 % à 7,6 %.

Tous les groupes en profitent, pas au même degré

La baisse s'observe dans tous les groupes de nouveaux retraités. Elle est d'autant plus forte que le risque était élevé avant le départ.

Taux de pauvreté des nouveaux retraités de 2020, juste avant et juste après le départ, en % (en %)
12,48,3Ensemble22,512,1Au chômageavant le départ5,64,9En emploi avantle départ20,915,3Carrièreincomplète7,84,5CarrièrecomplèteAvant le départAprès le départ

Avant : dernière année pleine avant la retraite. Après : première année pleine de retraite. Source : COR, séance du 15 octobre 2026, document n° 9 (étude Drees, appariement EIR-EDP).

Pour ceux qui étaient au chômage avant de partir, le taux recule de 10,4 points, de 22,5 % à 12,1 %. Pour ceux qui étaient encore en emploi, il ne recule que de 0,7 point, de 5,6 % à 4,9 %.

La durée de carrière laisse la même trace. Après une carrière incomplète, le taux passe de 20,9 % à 15,3 %. Après une carrière complète, il passe de 7,8 % à 4,5 %. Les personnes les plus exposées avant le départ le restent après, en proportion.

Ce qui amortit le passage

Le document ne décompose pas la baisse. Il souligne en revanche le rôle des minima pour les plus modestes. Le premier cité est le minimum vieillesse, détaillé dans l'article sur ses 754 000 bénéficiaires.

Pour une personne seule, ce minimum représente à lui seul 74 % du seuil de pauvreté. Il se cumule avec une aide au logement pour un locataire. Le revenu de solidarité active ne couvrait que 41 % du seuil en 2023.

Les retraités pauvres sont aussi moins loin du seuil. En 2023, leur niveau de vie médian se situait 13,4 % sous le seuil, contre 18,9 % pour les personnes pauvres en emploi. Pour l'ensemble des personnes pauvres, l'écart atteignait 19,2 %.

Les dispositifs de solidarité pèsent lourd dans le bas de l'échelle. En 2020, ils représentaient 53 % des pensions du quart de retraités le moins aisé, contre 13 % pour le quart le plus aisé.

Vivre seul, le premier facteur de risque

Une fois à la retraite, la situation de couple pèse plus que le sexe. En 2023, le taux de pauvreté atteint 17,9 % chez les retraités vivant seuls, contre 5,6 % chez ceux qui vivent en couple. Un couple partage son logement et ses dépenses fixes.

Parmi les retraités seuls, deux groupes ressortent : les femmes divorcées ou séparées, à 24,8 %, et les hommes célibataires, à 24,3 %. Près d'un sur quatre vit sous le seuil. Il y a vingt ans, l'écart principal concernait les femmes seules dans leur ensemble.

L'écart entre femmes et hommes retraités s'est creusé dans le même temps : 11,9 % contre 8,9 % en 2023, soit 3 points, contre 0,8 point en 2012. La comparaison d'ensemble des retraités et des actifs fait l'objet de l'article sur leur niveau de vie.

Une tendance qui remonte

Le passage à la retraite protège, mais le niveau de protection s'érode. Entre 1996 et 2010, le taux de pauvreté des retraités oscillait entre 8,5 % et 10 %. Selon le COR, il augmente depuis 2017, jusqu'à 10,5 % en 2023.

Le COR avance une explication mécanique. Depuis 2014, les pensions progressent un peu plus lentement que les revenus d'activité. Or le seuil, fixé à 60 % du niveau de vie médian, suit les revenus de toute la population, actifs compris.

La France parmi les plus protectrices

Le COR compare aussi onze pays à partir des données de l'OCDE. En 2023, 13,3 % des plus de 65 ans vivaient sous le seuil de 60 % en France. C'est le taux le plus bas de la comparaison.

Taux de pauvreté des plus de 65 ans en 2023, selon l'OCDE, en %
France13,3 %Pays-Bas15,5 %Italie19,8 %Espagne20 %Canada20,9 %Suède22 %Belgique22,3 %Allemagne22,8 %Royaume-Uni23,9 %États-Unis30,2 %

Seuil de 60 % du revenu disponible médian. Le Japon, dont la donnée date de 2021, n'est pas représenté. Source : COR, séance du 15 octobre 2026, document n° 12 (données OCDE).

Le COR relie ces écarts à l'architecture des systèmes, sans y voir de lien de cause directe. La France s'appuie sur des régimes obligatoires et des dispositifs de solidarité. Les Pays-Bas combinent une pension publique de base et des régimes professionnels capitalisés presque universels, décrits dans l'article sur leur taux de couverture.

Selon le COR, un premier étage limité et un accès inégal aux compléments, comme aux États-Unis, laissent de grandes disparités. Son constat général : aucun modèle unique n'est associé à une faible pauvreté des personnes âgées.

Ce que ces chiffres ne disent pas

L'étude porte sur une seule génération de départs, celle de 2020. Elle compare deux années proches ; elle ne dit pas ce que devient le niveau de vie dix ou vingt ans plus tard.

Le seuil est relatif. Une pension qui suit les prix peut passer sous le seuil sans perte de pouvoir d'achat, si les salaires montent plus vite. La remontée depuis 2017 mesure d'abord ce décrochage relatif.

Les taux varient selon la source. Le COR retient 10,5 % des retraités pour 2023, hors bénéficiaires des seules pensions d'invalidité. L'OCDE, qui raisonne sur les plus de 65 ans, aboutit à 13,3 %. Le niveau de vie ignore aussi le logement possédé, plus fréquent chez les retraités.

Enfin, les notes présentées au COR sont des documents de travail. Elles n'engagent pas le Conseil.

Conclusion

Pour les retraités de 2020, le départ a fait baisser le risque de pauvreté de 12,4 % à 8,3 %. Les minima y jouent un grand rôle, surtout pour les anciens chômeurs et les carrières courtes. Les écarts d'avant la retraite subsistent pourtant, et vivre seul reste le premier facteur de risque.

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