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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Comprendre les chiffres · Explication

Minimum vieillesse : un plancher pour 754 000 personnes

Publié le 19 octobre 2026

Quand on parle de pensions, on pense à ce que les régimes versent en échange de cotisations. Il existe aussi un plancher qui ne dépend d'aucune cotisation : le minimum vieillesse, financé par la solidarité nationale. Fin 2024, 754 460 personnes le percevaient, d'après la Drees.

Ce plancher compte dans tout débat sur l'épargne retraite : il détermine ce qu'un retraité modeste gagne, ou ne gagne pas, à se constituer un capital. Il se distingue aussi de la question de savoir si les retraités vivent mieux que les actifs.

L’essentiel : Le minimum vieillesse complète les ressources d'une personne seule de 65 ans ou plus jusqu'à 1 044 € par mois depuis le 1er janvier 2026. Fin 2024, 754 460 personnes le percevaient, soit 4,6 % des 65 ans ou plus, pour une dépense de 4,6 milliards d'euros.

Un complément, pas une pension

Créé en 1956, le minimum vieillesse est le plus ancien des minima sociaux. Depuis 2007, les nouveaux bénéficiaires reçoivent l'allocation de solidarité aux personnes âgées, l'Aspa. Elle remplace l'ancien système à deux étages, mais permet d'atteindre le même niveau de revenu.

Il faut avoir 65 ans au moins, ou 62 ans si l'on est reconnu inapte au travail, et résider en France. Le montant dépend des ressources de la personne et de celles de son conjoint éventuel.

C'est une prestation différentielle : elle complète les ressources jusqu'à un plafond. Une personne sans aucune ressource touche le plafond entier. Une personne qui perçoit déjà une pension touche la différence.

Combien, et pour qui

Fin 2025, le plafond était de 1 034 € par mois pour une personne seule et de 1 606 € pour un couple. La revalorisation de 0,9 % au 1er janvier 2026 l'a porté à 1 044 € et 1 620 €, indique la Drees.

Les allocataires reçoivent moins que ce maximum, puisque l'allocation comble un écart. Pour situer ces montants parmi les pensions, voir pension moyenne ou médiane. Fin 2024, ils touchaient en moyenne 527 € d'Aspa par mois, contre 499 € un an plus tôt. Les anciens bénéficiaires de l'allocation supplémentaire, avant 2007, recevaient 466 € en moyenne.

Les 754 460 allocataires représentent 4,6 % des personnes de 65 ans ou plus résidant en France. La plupart, 86,6 %, reçoivent leur allocation du régime général. Les dépenses pour l'allocation de solidarité et l'ancienne allocation supplémentaire atteignent 4,6 milliards d'euros en 2024, en hausse de 11,6 %.

Un nombre qui remonte depuis 2018

Pendant longtemps, le nombre d'allocataires a baissé : de 74,3 % entre 1960 et 2003, à mesure que les pensions de retraite augmentaient. La baisse s'est poursuivie, plus lentement, entre 2004 et 2017.

Puis le mouvement s'est inversé. La Drees relie cette hausse aux revalorisations exceptionnelles, qui ont ajouté 100 € par mois au minimum vieillesse entre 2017 et 2020. Les entrées dans le dispositif ont suivi.

Nouveaux allocataires du minimum vieillesse, par an (en personnes)
27 7002015 à 2017,par an47 930202070 6602024

Environ 27 700 nouveaux allocataires par an de 2015 à 2017, puis chiffres des années 2020 et 2024. Source : Drees, Les retraités et les retraites, édition 2026, fiche 27.

En 2024, 70 660 personnes sont entrées dans le dispositif, soit 0,8 % de plus qu'en 2023. La hausse se tasse, mais le niveau reste plus de deux fois supérieur à celui de 2015-2017.

Un plancher qui ne protège pas de la pauvreté

Fin 2024, le montant maximal pour un couple atteignait 1 571 € par mois, soit 80 % du seuil de pauvreté, selon la Drees. Le minimum vieillesse seul ne permet donc pas de franchir ce seuil. Le seuil de 2024 est estimé à 1 305 € par mois et par unité de consommation, un couple comptant pour 1,5 unité.

Cumulé avec des aides au logement, il s'en approche : une personne seule locataire, en zone 2, atteindrait environ 98 % du seuil de pauvreté. Environ trois allocataires sur cinq touchaient des aides au logement en 2018. Les autres sont, dans leur grande majorité, propriétaires de leur logement.

Ce que l'épargne change au calcul

Le calcul tient compte des revenus du patrimoine. La Drees rappelle une règle : le patrimoine du demandeur est réputé lui rapporter 3 % par an. Cela vaut aussi pour le patrimoine donné à ses descendants dans les cinq ans avant la demande.

Prenons une illustration, qui n'est pas un cas réel.

Une personne seule perçoit 900 € de pension par mois. Sans épargne, elle reçoit 144 € d'Aspa, la différence avec 1 044 €. Avec 100 000 € de patrimoine pris en compte, la règle lui attribue 3 000 € par an, soit 250 € par mois. Ses ressources passent à 1 150 € et l'allocation disparaît.

Cet exemple ignore les biens que la règle exclut, que la fiche ne détaille pas. Il montre l'effet de seuil : quand un plancher est différentiel, chaque euro de ressources en plus peut retirer un euro d'allocation. Les revenus d'activité font exception, puisqu'on peut les cumuler en totalité avec l'Aspa jusqu'à 541 € par mois pour une personne seule, fin 2025.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Le nombre d'allocataires ne dit pas combien de personnes auraient droit à l'allocation sans la demander. La Drees consacre une étude au non-recours des personnes seules, que nous n'avons pas utilisée ici.

La Drees ne mesure pas non plus l'effet d'une épargne retraite sur la prestation : l'exemple ci-dessus est un calcul du blog, pas une observation. Les règles de prise en compte d'un contrat précis, PER ou assurance-vie, dépendent de textes que cet article n'étudie pas.

Enfin, les montants moyens mêlent des personnes aux situations très différentes. Un allocataire qui ne reçoit que quelques dizaines d'euros et un autre qui touche l'allocation à taux plein comptent chacun pour une personne.

Conclusion

Le minimum vieillesse garantit à une personne seule de 65 ans ou plus 1 044 € par mois depuis le 1er janvier 2026. Il concerne 4,6 % des personnes de cet âge, et le nombre d'allocataires remonte depuis 2018. Il complète les ressources au lieu de s'y ajouter. Toute réforme qui chercherait à développer l'épargne des revenus modestes devrait donc mesurer ce que l'épargne ajoute, et ce qu'elle retire.

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