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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Capitalisation personnelle · Explication

Pourquoi diversifier ses placements

Publié le 5 octobre 2026

Fin 2000, 62 % des actifs du plan d'épargne retraite des salariés d'Enron étaient placés en actions de leur employeur. Le 2 décembre 2001, l'entreprise se plaçait sous la protection de la loi américaine sur les faillites. En janvier 2002, son action valait moins de 70 cents.

Diversifier consiste à répartir son épargne pour qu'aucune perte isolée ne puisse la détruire. Le principe protège contre beaucoup de risques, mais pas contre tous, et la différence compte pour une épargne de quarante ans.

L’essentiel : Répartir son épargne entre des milliers d'entreprises et de nombreux pays évite qu'une seule faillite ou un seul marché emporte le capital : chez Enron, 62 % du plan d'épargne des salariés étaient investis en actions de l'employeur, et l'indice japonais a mis plus de 34 ans à retrouver son sommet de 1989. La diversification ne protège pas d'une baisse générale : l'indice mondial MSCI World a perdu jusqu'à 57,46 % entre octobre 2007 et mars 2009.

Le risque d'une seule entreprise

Le cas Enron est documenté par le service de recherche du Congrès américain. L'action valait encore plus de 80 dollars en janvier 2001. Certains salariés détenaient une part encore plus élevée de leur épargne en actions Enron que la moyenne du plan.

Une entreprise peut disparaître, même grande et réputée. Une fraude ou une dette excessive ne frappe qu'elle. Dans un portefeuille de milliers d'entreprises, la chute d'une seule pèse peu sur l'ensemble : ce risque propre se dilue.

Le danger redouble quand l'épargne est placée chez l'employeur, car l'emploi et le capital dépendent alors de la même entreprise. L'article quand l'employeur fait faillite décrit les règles adoptées depuis pour limiter ces placements.

Le risque d'un seul pays

Un pays entier peut aussi décevoir pendant des décennies. Le 29 décembre 1989, l'indice Nikkei 225 de la Bourse de Tokyo clôturait à 38 915,87 points, selon son éditeur. Il n'a retrouvé ce niveau en clôture que le 22 février 2024, à 39 098,68 points, plus de 34 ans plus tard.

Indice Nikkei 225 en fin d'année, de 1984 à 2025
020 00040 00060 000198419892002200820122019202350 339 points

Indice de prix en yens, hors dividendes. Valeur de clôture du dernier jour de bourse de chaque année retenue. Source : Nikkei Inc., données historiques de fin de journée.

Fin 1984, l'indice valait 11 542,60 points : il a plus que triplé en cinq ans. Il est retombé à 16 924,95 points fin 1992 et à 8 578,95 points fin 2002. Il a fini 2008 à 8 859,56 points et 2012 à 10 395,18 points.

La remontée a été lente. L'indice valait 23 656,62 points fin 2019 et 33 464,17 points fin 2023, encore sous le sommet de 1989. Il a terminé 2025 à 50 339,48 points.

Le point bas en clôture date du 10 mars 2009 : 7 054,98 points, soit 81,9 % sous le sommet de 1989. Un épargnant japonais qui aurait tout placé dans son marché national fin 1989 aurait attendu plus d'une génération pour retrouver son capital, hors dividendes. Son emploi et son épargne dépendaient en outre de la même économie.

L'OCDE donne des exemples de l'effet inverse. En 2024, le principal fonds de réserve coréen a obtenu de bons rendements malgré la baisse des actions coréennes. L'organisation l'attribue à une diversification accrue et à la tenue des marchés mondiaux. Les fonds de pension lettons, placés surtout à l'étranger, ont de même résisté à la faiblesse de leur marché local.

Selon l'OCDE, les fonds de pension peuvent investir hors de leur pays pour chercher de meilleurs rendements, élargir leur diversification ou faute d'occasions sur place. Certains se heurtent à des règles qui plafonnent la part placée à l'étranger. Des appels se font aussi entendre, à l'inverse, pour qu'ils investissent davantage chez eux et soutiennent l'économie locale.

Ce que la diversification ne supprime pas

Diversifier réduit le risque propre à une entreprise ou à un pays. Le risque qui touche tous les marchés à la fois demeure.

L'indice MSCI World regroupe 1 249 entreprises de 23 pays développés. Selon son éditeur, il a perdu jusqu'à 57,46 % entre le 31 octobre 2007 et le 9 mars 2009. En 2022, il a encore reculé de 17,73 %, dividendes compris, en dollars.

Le fonds souverain norvégien illustre le même point. Fin 2025, il détenait des parts de 7 201 entreprises dans 68 pays. En 2022, ses placements en actions ont pourtant perdu 15,36 %, mesurés dans son panier de devises.

Contre ce risque, deux autres leviers comptent : la durée du placement et la réduction progressive des actions avant la retraite. Le fonds suédois par défaut AP7 Såfa, par exemple, est investi à 100 % dans un fonds d'actions jusqu'à 55 ans. À partir de 56 ans, la part d'actions baisse de 3 à 4 points par an.

L'article sur la volatilité montre ce que la durée change aux pertes, et le cas suédois ce qu'a donné ce fonds diversifié en vingt-cinq ans.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Le cas japonais est extrême, et rien ne dit qu'il se reproduira ailleurs. Il montre seulement qu'une attente aussi longue est possible.

Le Nikkei 225 est un indice de prix, en yens, qui ne compte pas les dividendes. Avec les dividendes réinvestis, le sommet de 1989 aurait été retrouvé plus tôt ; ce calcul n'est pas fait ici. Les chiffres MSCI sont exprimés en dollars, ceux du fonds norvégien dans un panier de devises.

Diversifier entre pays ajoute un risque de change : un placement étranger peut gagner dans sa monnaie et perdre une fois converti en euros. L'OCDE rappelle que les gains des fonds de pension investis à l'étranger dépendent aussi des taux de change.

Un indice mondial reste lui-même concentré. Fin septembre 2026, les États-Unis représentaient 72,94 % du MSCI World, et ses dix premières valeurs 27,85 %. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Conclusion

La diversification protège contre le risque de voir une seule entreprise ou un seul pays emporter toute une épargne. Enron et le Japon de 1989 montrent ce que coûte son absence. Elle ne protège pas contre une baisse générale des marchés : contre celle-là, ce sont la durée et la prudence en fin de parcours qui jouent.

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