Scénarios pour la France · Comparaison
Quatre architectures de capitalisation pour la France
Publié le 12 octobre 2026
Ajouter de la capitalisation aux retraites françaises peut se faire de quatre manières. Elles ne demandent pas le même effort aux mêmes personnes. Elles ne font pas porter le risque des marchés aux mêmes épaules.
Un scénario chiffré n'a de sens qu'une fois l'architecture choisie. Cet article les décrit côte à côte, avec un pays ou un dispositif qui l'applique déjà.
L’essentiel : Une dose de capitalisation peut prendre quatre formes : épargne individuelle encouragée, comptes individuels obligatoires, fonds professionnels collectifs ou réserve publique adossée à la répartition. Elles diffèrent moins par le placement que par trois choix : qui verse, qui porte le risque de marché et qui décide.
Quatre façons de placer une part des retraites
Les quatre architectures se distinguent par trois questions : qui verse, qui supporte les pertes et les gains des placements, et qui décide de ces placements.
| Architecture | Qui verse | Qui porte le risque de marché | Qui décide des placements | Exemples |
|---|---|---|---|---|
| Épargne individuelle encouragée | Le salarié, parfois l'employeur, sur une base volontaire | L'épargnant | L'épargnant ou son gestionnaire | PER en France, pilier 3a en Suisse |
| Comptes individuels obligatoires | Employeur ou salarié, à un taux fixé par la loi | L'épargnant | L'épargnant, ou un fonds par défaut | Australie, Suède |
| Fonds professionnels collectifs | Employeurs et salariés, selon des accords ou la loi | Les affiliés, collectivement | Le fonds, sous la gouvernance de ses membres | Pays-Bas, Danemark, RAFP en France |
| Réserve publique adossée à la répartition | L'État ou le régime | Les cotisants et contribuables futurs | Le conseil d'un fonds public | FRR, Canada |
Dans les deux premières, chacun détient un compte à son nom. Dans les deux dernières, l'argent appartient à une caisse commune, qui garantit ou ajuste des droits.
L'épargne individuelle encouragée
C'est, des quatre, la plus répandue en France. Fin 2024, selon la Drees, 21,4 milliards d'euros de cotisations ont été versés à des contrats de retraite supplémentaire. Les plans d'épargne retraite en représentent 77 %.
L'État incite par l'impôt plutôt qu'il n'oblige. Les versements sur un PER individuel se déduisent du revenu imposable, dans une limite égale à 10 % des revenus d'activité.
Le volontariat a une conséquence mesurée. En 2023, 11 % des actifs occupés ont cotisé à un contrat de retraite supplémentaire à adhésion individuelle. Les hommes représentent 56 % des adhérents, contre 51 % de la population active. L'adhésion automatique est la variante qui cherche à corriger cet écart sans rendre l'épargne obligatoire.
Les comptes individuels obligatoires
L'Australie oblige chaque employeur à verser une part du salaire sur un compte de retraite au nom du salarié. Ce taux minimal est de 12 % depuis le 1er juillet 2025, selon l'administration fiscale australienne. Il était de 9 % de juillet 2002 à juin 2013.
La Suède a choisi une dose plus faible : 2,5 % du revenu vont à la premiepension, un compte placé en fonds. La premiepension compte 6 537 000 épargnants. Parmi eux, 64,4 % n'ont jamais choisi de fonds et restent dans l'option publique par défaut, AP7 Såfa.
Le salarié porte ici seul le risque de marché. Sa pension dépend du rendement obtenu, des frais payés et de la date de son départ. L'État fixe le taux de versement, encadre les produits et, dans le cas suédois, gère lui-même l'option par défaut.
Les fonds professionnels collectifs
Aux Pays-Bas, des fonds gérés par les organisations d'employeurs et de salariés couvrent presque toute la population active. Selon l'OCDE, 97,4 % des 15-64 ans y avaient des droits ou des avoirs en 2023. Ces fonds détenaient 1 720 milliards d'euros au 30 juin 2026, selon la banque centrale néerlandaise.
Le risque y est partagé entre affiliés. Le système néerlandais change pourtant. Tous les régimes doivent basculer d'ici le 1er janvier 2028 vers des droits fondés sur un patrimoine personnel. La frontière entre cette architecture et la précédente devient donc plus floue.
La France en possède un exemple, limité aux fonctionnaires. La Retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP) est un régime obligatoire par capitalisation, créé en 2005. Il prélève 10 % des primes et indemnités, à parts égales entre employeur et agent, dans la limite de 20 % du traitement indiciaire. Son actif net atteignait 53,6 milliards d'euros fin 2025, pour une rente moyenne liquidée de 536 euros par an.
La réserve publique adossée à la répartition
Dans cette dernière architecture, personne ne détient de compte. Un fonds public place des sommes pour aider plus tard à payer les pensions de répartition, sans changer les droits de chacun.
Le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) devait atteindre 150 milliards d'euros en 2020. Son actif net était de 20,7 milliards fin 2025, selon le COR, soit 0,7 % du PIB. Depuis 2011, il verse chaque année une partie de ses actifs à la caisse d'amortissement de la dette sociale. Ce versement est de 1,45 milliard d'euros par an de 2025 à 2033.
Au Canada, la réserve du régime de pensions est gérée à distance des gouvernements. Elle détenait 793,3 milliards de dollars canadiens au 31 mars 2026. Ses gains et ses pertes ne touchent pas directement la pension de chacun. Ils pèsent sur l'équilibre du régime, donc sur ses cotisations et ses règles futures.
Ce que l'OCDE en tire pour un salarié moyen
L'OCDE calcule la part de la pension future qui viendrait des régimes publics et celle des régimes privés obligatoires. Le calcul porte sur un homme au salaire moyen, entré dans la vie active en 2024 à 22 ans, avec une carrière complète.
Pension brute en pourcentage du salaire brut, pour un homme au salaire moyen ayant une carrière complète dès 22 ans, entré dans la vie active en 2024. Projection de l'OCDE, rendement réel net supposé de 2,5 % par an pour les régimes capitalisés. Hors épargne volontaire. Source : OCDE, Pensions at a Glance 2025, tableau 4.2.
La France obtiendrait 56,6 % du salaire par ses seuls régimes publics. Les Pays-Bas obtiendraient 28,6 % du public et 46,1 % des fonds professionnels. Au Danemark, la répartition est proche : 29,0 % et 43,8 %. La Suisse atteint 23,4 % et 19,0 %, l'Australie 14,4 % et 26,4 %.
Le Canada montre la limite de cette grille. L'OCDE range son régime parmi les régimes publics, à 37,1 %, alors qu'il s'appuie sur une réserve placée. Elle compte à part 20,6 % venant d'une épargne volontaire, non représentée sur le graphique.
Ce que chaque architecture demande
Toutes ont un point commun : l'argent placé aujourd'hui s'ajoute aux pensions qu'il faut continuer de payer. C'est le double paiement, quelle que soit la formule retenue.
Une épargne volontaire coûte peu à l'État, mais elle laisse de côté ceux qui n'épargnent pas. Une obligation couvre tout le monde, mais elle impose un prélèvement de plus sur les salaires. Un fonds collectif mutualise le risque, à condition que ses règles de partage soient claires. Une réserve publique ne crée aucun droit individuel, ce qui la rend plus facile à réorienter, comme l'a montré le FRR.
Les rendements possibles ne départagent pas ces formules. Comme le montre la comparaison des rendements, tout dépend de la période, des frais et de qui supporte les pertes.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Les taux de remplacement de l'OCDE sont des projections pour un cas type, pas des pensions réelles. La part privée dépend d'une hypothèse de rendement de 2,5 % par an après inflation, qui peut ne pas se réaliser.
Le classement en quatre architectures simplifie. La plupart des pays en combinent plusieurs : la Suisse ajoute une épargne encouragée à ses caisses obligatoires, la Suède a aussi des réserves publiques. Les montants cités sont exprimés dans des monnaies et à des dates différentes. Ils situent l'ordre de grandeur de chaque dispositif, sans se comparer entre eux.
Cet article ne classe pas ces formules. Le choix entre elles relève d'objectifs que les chiffres ne tranchent pas : couverture, partage du risque, effort demandé, protection contre les changements de cap. Les exemples par pays sont détaillés sur la page des exemples étrangers.
Conclusion
La France pratique déjà trois des quatre architectures, chacune à petite échelle. Le PER relève de l'épargne encouragée, le RAFP du fonds collectif obligatoire, le FRR de la réserve publique. Seuls les comptes individuels obligatoires n'y existent pas.
Ajouter une dose de capitalisation revient donc moins à inventer un dispositif qu'à choisir lequel élargir. Ce choix détermine qui verse, qui porte le risque et qui décide, avant même la question du montant.
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