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Suisse : le pilier 3a, une épargne plafonnée
Publié le 11 octobre 2026
Le 2 octobre 2026, le Conseil fédéral a relevé les rentes AVS de 1,59 % au 1er janvier 2027. La décision déplace aussi un plafond fiscal : celui du pilier 3a, l'épargne retraite individuelle des Suisses. Un salarié affilié à une caisse de pensions pourra y déduire 7 373 francs par an, contre 7 258 aujourd'hui.
Le pilier 3a montre comment un État pousse ses habitants à épargner pour leur retraite sans les y obliger. Ses règles ressemblent à celles du plan d'épargne retraite français, avec des écarts qui en disent long.
L’essentiel : En Suisse, l'épargne retraite individuelle du pilier 3a est déductible des impôts dans une limite fixée par la loi, qui passera le 1er janvier 2027 à 7 373 francs par an pour un salarié affilié à une caisse de pensions. L'argent reste bloqué jusqu'à cinq ans avant l'âge de référence, sauf exceptions, et environ un tiers des contribuables déduisaient un versement en 2019.
Un plafond attaché au deuxième pilier
Le pilier 3a est le troisième étage du système décrit dans l'article sur les trois piliers suisses. Les versements y sont déduits du revenu imposable, pour l'impôt fédéral comme pour les impôts des cantons et des communes.
La limite ne se vote pas chaque année. L'ordonnance qui encadre le pilier 3a la fixe par une règle. Pour qui est affilié à une caisse de pensions, c'est 8 % du montant-limite supérieur de la prévoyance professionnelle. Ce montant-limite passera à 92 160 francs en 2027, et l'Office fédéral des assurances sociales en tire un plafond de 7 373 francs.
Sans caisse de pensions, le plafond monte à 20 % du revenu d'activité, sans dépasser 40 % du même montant-limite. Il passera de 36 288 à 36 864 francs. Cette règle concerne notamment les indépendants et les salariés sous le seuil d'entrée, qui n'ont pas de deuxième pilier obligatoire.
Le plafond suit donc, en pratique, les rentes AVS, elles-mêmes adaptées en général tous les deux ans à la moyenne des prix et des salaires. Selon l'Office fédéral, il valait 6 768 francs de 2016 à 2018, puis 6 826 en 2019 et 2020. Il est passé à 6 883 en 2021 et 2022, à 7 056 en 2023 et 2024, puis à 7 258 en 2025 et 2026.
L'axe vertical commence à 6500 francs, pas à zéro. Source : OFAS, table du montant maximal du pilier 3a (état 2026) ; fiche des montants valables dès le 1er janvier 2027.
Le montant est le même pour tous les salariés affiliés, quel que soit leur salaire. En France, la déduction des versements sur un PER dépend du revenu. Pour un salarié, elle atteint 10 % des revenus d'activité de 2025, dans la limite de 37 680 €, et vaut au moins 4 710 €.
Chaque conjoint qui travaille dispose de son propre plafond. Les versements restent possibles jusqu'à cinq ans après l'âge de référence.
Une banque ou un assureur
L'ordonnance ne reconnaît que deux supports : une convention passée avec une fondation bancaire, ou un contrat conclu avec un assureur. Le Conseil fédéral en décrit les variantes dans un rapport de 2024.
Le compte bancaire porte intérêt, comme un livret. L'épargne en titres place l'argent en actions et en obligations, sans garantie du capital. Les règles de placement sont alors celles des caisses de pensions, appliquées par analogie. La police d'assurance, enfin, garantit un capital et un taux fixés à la signature.
Fin 2021, le pilier 3a réunissait 142 milliards de francs. Plus de 91 milliards étaient placés auprès des banques et 51 milliards dans des polices d'assurance. Le nombre de comptes et de polices est passé de 1 094 854 en 1995 à 4 261 927 en 2021. Une même personne peut en détenir plusieurs.
Bloqué jusqu'à la retraite, sauf exceptions
L'argent peut être retiré au plus tôt cinq ans avant l'âge de référence. Il devient exigible à cet âge, sauf pour qui prouve qu'il travaille encore : le versement peut alors attendre cinq ans de plus.
Les exceptions sont écrites dans l'ordonnance. On peut retirer son épargne pour acheter ou construire son logement, ou pour rembourser un prêt hypothécaire, une fois tous les cinq ans. Une rente entière d'invalidité ouvre aussi la sortie, comme certains cas prévus par la loi sur le libre passage. Pour un retrait lié au logement, une personne mariée a besoin du consentement écrit de son conjoint.
À la sortie, le capital est imposé à part des autres revenus. Pour l'impôt fédéral, le taux appliqué vaut le cinquième du barème ordinaire, sans déduction sociale. On retrouve la logique décrite dans l'article sur la fiscalité à l'entrée ou à la sortie. La déduction joue pendant la vie active, l'impôt réduit au retrait.
Depuis 2025, rattraper les années manquées
Depuis le 1er janvier 2025, une personne qui n'a pas versé le maximum peut combler ses lacunes des dix années précédentes. Elle doit d'abord verser le plafond complet de l'année en cours. Le rachat lui-même ne peut pas dépasser, chaque année, 8 % du montant-limite, soit un second plafond annuel.
En pratique, un salarié affilié pourra donc déduire jusqu'à deux fois 7 373 francs en 2027, s'il a des années à rattraper. Il doit avoir eu un revenu soumis à l'AVS pendant ces années. Les lacunes antérieures à 2025 ne se rachètent pas : le mécanisme ne prendra toute sa portée qu'avec le temps.
Le PER français connaît un dispositif voisin. La part du plafond de déduction non utilisée une année se reporte sur les cinq années suivantes. La Suisse a choisi une fenêtre deux fois plus longue, mais un montant de rachat plafonné.
Qui s'en sert
Le Conseil fédéral le dit sans détour : le pilier 3a suppose un revenu « relativement bon ». En 2019, 1 746 177 contribuables sur 5 242 282 déduisaient un versement, soit environ un tiers.
L'Office fédéral publie chaque année le capital qu'aurait accumulé une personne ayant versé le maximum chaque année depuis ses 25 ans. Né en 1962 ou avant, cet épargnant modèle détiendrait 354 196 francs fin 2026. Le calcul retient le taux d'intérêt minimal de la prévoyance professionnelle, 1 % ou 1,25 % selon les années.
Ce chiffre sert d'abord au deuxième pilier : l'avoir 3a qui le dépasse réduit ce qu'un assuré peut racheter dans sa caisse de pensions. Il donne aussi un ordre de grandeur de ce que permet le plafond sur toute une carrière.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Les données officielles sur le pilier 3a sont anciennes. Le dernier total publié par le Conseil fédéral date de fin 2021 et la part des contribuables qui versent, de 2019. On ne connaît ni le montant moyen versé ni sa répartition selon le revenu.
Le capital de 354 196 francs est un maximum théorique, avec un intérêt fixe. Il ne décrit ni l'épargne réelle des Suisses ni le rendement de leurs comptes en titres, qui varie avec les marchés.
Pour l'impôt à la sortie, cet article ne décrit que la règle fédérale. Les impôts des cantons et des communes suivent leurs propres règles, non détaillées ici. Enfin, les montants en francs ne sont pas convertis en euros. Les écarts de salaires et de prix entre les deux pays rendraient la comparaison trompeuse.
Conclusion
Le pilier 3a encourage l'épargne par l'impôt, avec un plafond unique qui suit les rentes AVS et une épargne bloquée jusqu'à la retraite. Il reste facultatif : en 2019, environ un contribuable sur trois s'en servait. Depuis 2025, ceux qui ont manqué des années peuvent les rattraper, dans une limite stricte. Le PER français repose sur la même logique fiscale, avec un plafond proportionnel au revenu plutôt qu'un montant fixe.
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