Scénarios pour la France · Simulation
105 € par mois de majoration : quel capital ?
Publié le 23 octobre 2026
Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 remplacerait par un forfait la majoration de 10 % des parents de trois enfants. Dans les régimes de base, il vaudrait 105 à 110 € par mois pour une carrière complète. Quelle somme faudrait-il avoir épargnée pour produire seul le même complément ?
Convertir une somme mensuelle en capital donne un ordre de grandeur de ce qu'elle représente. La simulation ne juge pas la réforme : elle mesure le forfait avec l'unité de l'épargne.
L’essentiel : Le projet de loi de financement pour 2027 remplacerait la majoration de 10 % des parents de trois enfants par un forfait de 105 à 110 € par mois pour une carrière complète. Pour obtenir seule la même somme pendant la retraite, il faudrait avoir épargné environ 19 800 € (hommes) ou 22 500 € (femmes) à 65 ans, avec un rendement réel de 2,5 %.
Ce que prévoit l'article 34
La majoration actuelle est attribuée aux parents qui ont eu, adopté ou élevé au moins trois enfants. Elle s'ajoute à la pension et en représente 10 %. Selon l'étude d'impact du projet de loi, elle coûtait 9,7 Md€ en 2024 pour l'ensemble des régimes de base et complémentaires obligatoires.
L'article 34 la remplacerait, dans les régimes de base, par un forfait. Un décret le fixerait entre 105 et 110 € par mois pour une carrière complète donnant droit au taux plein. Il serait réduit en proportion si la carrière est incomplète.
Il serait revalorisé chaque année comme les pensions. Il s'appliquerait aux pensions prenant effet à partir du 1er juillet 2027. Les régimes complémentaires garderaient leurs règles.
Le texte est en discussion à l'Assemblée nationale : ces montants ne sont ni votés ni fixés. Leur valeur future dépendra aussi de l'indexation des pensions. L'article 35 du même projet propose d'y déroger en 2027, comme le détaille l'article sur l'indexation des pensions.
De 105 € par mois à un capital
Pour passer de la rente au capital, il faut une durée. Nous retenons l'espérance de vie à 65 ans en 2024, mesurée par la Drees : 19,9 ans pour les hommes et 23,6 ans pour les femmes. Un retraité de 65 ans prélèverait 105 € au début de chaque mois jusqu'à épuiser son capital au bout de cette durée.
Sans aucun rendement, le calcul est une multiplication : 105 € pendant 239 mois font 25 095 €, et pendant 283 mois, 29 715 €. Un rendement réduit le capital nécessaire, puisque la somme placée continue de travailler pendant qu'on la prélève.
Source : calcul du blog ; rendements réels nets de frais, euros constants ; durées : Drees, Études et Résultats n° 1363 ; forfait : PLFSS 2027, annexe 9.
Dans le scénario central, le capital est de 19 843 € pour un homme et de 22 547 € pour une femme. À 4 %, il tombe à 17 445 € et 19 418 €. Les femmes ont besoin de plus parce qu'elles vivent plus longtemps en moyenne.
Au haut de la fourchette du projet, soit 110 € par mois, le capital augmente de 4,8 %. Dans le scénario central, il atteint 20 788 € pour un homme et 23 621 € pour une femme.
Combien épargner pour y arriver
Ce capital se constitue avant la retraite. Plus on commence tôt, moins l'effort mensuel pèse, parce que les intérêts s'ajoutent aux versements. Le tableau donne l'épargne mensuelle nécessaire, en euros constants, pour une femme qui veut prélever 105 € par mois jusqu'à 88,6 ans.
| Scénario | Capital à 65 ans | Épargne par mois sur 30 ans | Épargne par mois sur 40 ans |
|---|---|---|---|
| Défavorable, 0 % | 29 715 € | 82,54 € | 61,91 € |
| Central, 2,5 % | 22 547 € | 42,23 € | 27,51 € |
| Favorable, 4 % | 19 418 € | 28,24 € | 16,67 € |
Dans le scénario central, passer de 30 à 40 ans de versements fait baisser l'effort de plus d'un tiers. Sans rendement, l'écart est plus faible : l'épargne ne reçoit aucun intérêt, et la durée ne fait que diviser la somme. Cette mécanique est celle des intérêts composés.
Pour un homme, dans le scénario central, il faudrait 37,16 € par mois pendant 30 ans, ou 24,21 € pendant 40 ans.
Une rente à vie, un capital qui s'épuise
Le forfait serait versé tant que la personne vit. Le capital simulé, lui, s'épuise à la date de l'espérance de vie moyenne. Il s'agit d'une moyenne : beaucoup de retraités dépassent cet âge, et la simulation ne couvre alors plus leurs besoins.
Un revenu garanti à vie ne se confond pas avec une épargne que l'on consomme. L'article sur le risque de vivre plus longtemps que son capital développe cette différence. Couvrir ce risque suppose un capital plus élevé, ou une rente viagère achetée à un assureur, dont le prix dépend des tables de mortalité.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Le forfait n'est pas fixé. Le projet parle d'une fourchette de 105 à 110 € pour une carrière complète, avec une proratisation dont le détail reste à définir par décret. Le Parlement peut aussi modifier ou supprimer l'article 34.
Le calcul ne compare pas le forfait à la majoration actuelle. Selon l'étude d'impact, le forfait avantagerait les pensions modestes, puisque la majoration actuelle croît avec la pension. L'effet exact dépend du montant de chaque pension, et cette comparaison n'est pas traitée ici.
Les rendements sont des scénarios, pas des prévisions, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. La simulation ignore la fiscalité : un capital comme une pension supplémentaire peut être imposé. Elle ne dit pas non plus qu'il faut épargner pour compenser quoi que ce soit.
Enfin, l'espérance de vie est une moyenne nationale. Selon l'Insee, en 2020-2024, les 5 % d'hommes les plus aisés ont une espérance de vie à la naissance de 85,0 ans. Pour les 5 % les plus modestes, elle est de 72,0 ans. Un capital calculé sur la moyenne laisse sans protection ceux qui vivent plus longtemps.
Conclusion
Un forfait de 105 € par mois équivaut, à 65 ans, à un capital d'environ 20 000 à 23 000 € dans le scénario central. Constituer ce capital demande entre 24 et 42 € par mois selon la durée d'épargne et le sexe. Ces ordres de grandeur ne disent rien de l'équité de la réforme. Ils montrent seulement que quelques dizaines d'euros de pension mensuelle représentent, pour l'épargnant, un capital d'une vingtaine de milliers d'euros.
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