Capitalisation en France · Explication
Assurance-vie : retraite par défaut
Publié le 5 octobre 2026
Le premier placement financier des ménages français, en montant, n'a pas été conçu pour la retraite. Rien n'y bloque l'argent jusqu'au départ, et aucune rente n'y est imposée. La statistique publique le décrit pourtant comme un support souvent utilisé pour préparer la retraite.
Mesurer ce rôle est difficile : aucune statistique ne sépare l'épargne placée pour la retraite du reste. Ce que l'on sait tient en quelques chiffres et en quelques règles, qui expliquent ce choix par défaut.
L’essentiel : Début 2024, 41,7 % des ménages détenaient une assurance-vie, plus du double des 19,1 % qui détenaient une épargne retraite, selon l'Insee. Disponible à tout moment et allégée d'impôt après huit ans, l'assurance-vie sert souvent à préparer la retraite sans que rien ne l'y destine, et les statistiques de la retraite supplémentaire ne la comptent pas.
Le premier placement des ménages
La Banque de France suit chaque trimestre les placements financiers des ménages. Fin mars 2026, l'assurance-vie et les droits à pension en euros atteignaient 1 572,7 milliards d'euros. Les mêmes supports en unités de compte, investis sur les marchés, en représentaient 602,9 milliards.
Ensemble, ces 2 175,6 milliards forment le premier poste du patrimoine financier des ménages : 33,2 % de ses 6 551,3 milliards. L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, l'ACPR, s'appuie sur les mêmes séries. Dans son étude de mai 2026, sur un encours antérieur de 2 153,5 milliards, elle retenait 32,9 %.
L'année 2025 a été exceptionnelle. Selon l'ACPR, l'assurance-vie hors épargne retraite a recueilli 44 milliards d'euros de collecte nette, un record depuis le début de la série en 2011. Les épargnants ont versé 159,1 milliards de primes. Les prestations ont atteint 115,1 milliards : 71,0 milliards de rachats et 44,1 milliards de sinistres.
Le gros de l'encours reste sur le fonds en euros, le support garanti par l'assureur. Fin 2025, les contrats individuels y logeaient 1 207 milliards d'euros. L'ACPR précise que ces contrats sont « en majeure partie des produits d'épargne ».
Plus répandue que l'épargne retraite
L'enquête Histoire de vie et Patrimoine de l'Insee mesure la détention, ménage par ménage. Début 2024, 41,7 % des ménages détenaient une assurance-vie, contre 19,1 % une épargne retraite. L'écart évolue avec l'âge de la personne de référence du ménage.
Source : Insee, enquête Histoire de vie et Patrimoine, taux de détention des actifs de patrimoine (avril 2026).
La détention d'assurance-vie progresse à chaque âge : 25,7 % avant 30 ans, 34,2 % de 30 à 39 ans, 40,0 % de 40 à 49 ans. Elle atteint 42,7 % de 50 à 59 ans, 45,0 % de 60 à 69 ans et 50,8 % à partir de 70 ans.
L'épargne retraite suit une autre courbe. Elle passe de 8,3 % avant 30 ans à 16,7 %, 26,4 %, puis 29,5 % de 50 à 59 ans. Elle recule ensuite à 19,2 % de 60 à 69 ans et à 11,1 % à partir de 70 ans.
La Drees, qui suit la retraite supplémentaire, exclut de son enquête les contrats d'assurance-vie, « souvent utilisés en vue d'une épargne pour la retraite ». Les statistiques de la retraite supplémentaire laissent donc de côté le premier placement financier des ménages.
Pourquoi elle tient ce rôle
La première raison est la disponibilité. Le titulaire peut racheter son contrat à tout moment. Le code des assurances oblige l'assureur à verser la valeur de rachat « dans un délai qui ne peut excéder deux mois ». Un plan d'épargne retraite reste au contraire bloqué jusqu'au départ, sauf dans les cas fixés par la loi sur le PER.
La deuxième tient à la fiscalité des retraits. Seuls les produits sont imposés, c'est-à-dire la part des sommes retirées qui dépasse les primes versées. Après huit ans, l'impôt tombe à 7,5 %, contre 12,8 % avant, pour les primes versées depuis le 27 septembre 2017.
Ce taux de 7,5 % vaut tant que les primes non remboursées restent sous 150 000 euros, selon l'administration fiscale. Au-delà, une partie des produits est imposée à 12,8 %, sauf option pour le barème de l'impôt sur le revenu. Un abattement annuel de 4 600 euros, ou 9 200 euros pour un couple soumis à imposition commune, s'y ajoute après huit ans.
La troisième tient à la transmission. Les primes versées après 70 ans relèvent des droits de succession au-delà de 30 500 euros, selon l'administration fiscale. Les autres ne sont taxées, pour chaque bénéficiaire, qu'au-delà de 152 500 euros.
Le capital peut enfin servir à acquérir une rente viagère. Une rente constituée ainsi, à titre onéreux, n'est imposée que sur une fraction. Celle-ci dépend de l'âge au premier versement : 40 % entre 60 et 69 ans, 30 % au-delà.
Ce que le PER fait autrement
Le plan d'épargne retraite répond à la même intention avec d'autres règles. Elles changent l'entrée, la durée et la sortie.
| Assurance-vie | Plan d'épargne retraite | |
|---|---|---|
| Versements volontaires | non déductibles du revenu | déductibles, dans une limite, sauf option contraire |
| Disponibilité | rachat possible à tout moment | bloqué jusqu'à la retraite, sauf cas prévus par la loi |
| Imposition des retraits | produits seuls, taux réduit après huit ans | selon l'origine des sommes et la forme de sortie |
La déduction à l'entrée n'a de valeur que si le taux d'imposition à la sortie est plus bas. L'article sur le moment de l'impôt détaille ce calcul.
Une passerelle a existé entre les deux produits. Jusqu'au 1er janvier 2023, rappelle la Drees, un contrat de plus de huit ans pouvait être transféré vers un PER individuel. Le transfert ouvrait droit à un abattement doublé sur les plus-values.
Ce que rapporte le fonds en euros
Le fonds en euros des contrats individuels a été revalorisé de 2,63 % en moyenne en 2025, comme en 2024, selon l'ACPR. Ce taux s'entend net des prélèvements sur l'encours et avant prélèvements sociaux. Le chargement de gestion payé par les assurés atteignait 0,63 % en moyenne. La page sur les frais montre le poids d'un tel coût dans la durée.
La moyenne cache des écarts. Selon l'ACPR, les offres commerciales et les bonifications, liées par exemple à la part d'unités de compte, produisent un écart d'au moins 0,4 point.
Une fois l'inflation déduite, le rendement a longtemps été négatif. L'ACPR relève des taux réels négatifs de 2021 à 2023, puis 0,64 % en 2024 et environ 1,75 % en 2025, selon une estimation provisoire. L'écart entre ces deux mesures est expliqué dans l'article sur le rendement réel.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Aucune statistique ne mesure la part de l'assurance-vie destinée à la retraite. Le chiffre de la Banque de France réunit d'ailleurs l'assurance-vie et les droits à pension, que l'ACPR désigne ensemble comme « l'assurance-vie et l'épargne retraite ».
Les taux de détention de l'Insee comptent des ménages, pas des montants. Un ménage qui détient un contrat de quelques centaines d'euros compte autant qu'un ménage aisé.
Les revalorisations passées ne disent rien des taux futurs. Les règles fiscales citées sont celles en vigueur en octobre 2026, et les prélèvements sociaux, qui s'y ajoutent, ne sont pas détaillés ici.
Conclusion
L'assurance-vie est devenue la retraite par défaut des ménages français : deux fois plus répandue que l'épargne retraite, et disponible à tout moment. Cette souplesse a une contrepartie. Rien n'oblige à conserver le capital jusqu'à la retraite, ni à le transformer en revenu une fois qu'elle arrive.
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