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Retraite en FranceDes chiffres au service d’un avenir meilleur

Scénarios pour la France · Simulation

Dix euros par mois par enfant : quel capital ?

Publié le 15 octobre 2026

L'Allemagne s'apprête à ouvrir un compte retraite placé en Bourse pour chaque enfant. L'État y versera 10 euros par mois, de 6 à 18 ans. Le Bundestag doit voter le texte le vendredi 16 octobre 2026.

Le ministère fédéral des Finances annonce jusqu'à 53 000 euros à l'âge de la retraite. Cet article refait le calcul en euros d'aujourd'hui, puis le transpose à la France.

L’essentiel : L'Allemagne prévoit de verser 10 € par mois, de 6 à 18 ans, sur un compte retraite placé pour chaque enfant : 1 440 € en tout. En euros d'aujourd'hui, ce capital vaudrait entre 1 440 et 11 637 € à 65 ans selon le rendement, loin des 53 000 € nominaux affichés par Berlin, qui ignorent l'inflation.

Ce que prévoit le projet allemand

Le gouvernement a adopté le projet de « Frühstartrente », littéralement « retraite à départ précoce », le 12 août 2026. Pour chaque enfant qui atteint 6 ans, l'État fédéral versera 10 euros par mois jusqu'à ses 18 ans. En douze ans, chaque enfant recevra donc 1 440 euros.

L'argent va sur un compte-titres de retraite, ouvert par les parents chez le prestataire de leur choix. Le projet fixe un plafond de frais effectifs de 1 % par an. Les frais d'entrée et de distribution sont interdits jusqu'à la majorité.

Si les parents n'ouvrent aucun compte, l'enfant ne perd rien. Les versements sont alors placés collectivement dans un fonds fédéral distinct, créé au 1er janvier 2028. Selon le ministère, la Bundesbank en assure la gestion.

Le capital reste bloqué jusqu'à 65 ans. Ses gains ne sont pas imposés avant la sortie. Les parents peuvent ajouter jusqu'à 6 840 euros par an.

Le dispositif démarre avec les enfants nés en 2020, qui ont 6 ans en 2026. Chaque année suivante, une nouvelle génération s'y ajoute. Le coût est estimé à 198 millions d'euros en 2027 et à 411 millions en 2030.

53 000 euros, une projection nominale

Le ministère publie un tableau de projection. Avec les seuls versements publics, le compte vaudrait environ 2 200 euros à 18 ans et 53 000 euros à 65 ans. Le calcul suppose un rendement de 7 % par an, après frais.

Le ministère précise lui-même que ces montants sont nominaux et ne tiennent pas compte de l'inflation. Le blog retrouve ses ordres de grandeur avec sa propre méthode : 2 227 euros à 18 ans, 53 554 euros à 65 ans.

Or un enfant né en 2020 aura 65 ans en 2085. D'ici là, les prix auront monté. Avec 2 % d'inflation par an, l'hypothèse retenue par l'OCDE dans ses projections, 53 000 euros de 2085 vaudraient environ 16 500 euros de 2026.

Selon le ministère, ces 7 % correspondent à la moyenne de long terme des actions diversifiées dans le monde. Une fois l'inflation de 2 % retirée, ce taux équivaut à un rendement réel de 4,9 % par an. Ce taux dépasse le scénario favorable du blog, fixé à 4 %.

Le même compte en euros constants

Le blog raisonne en euros constants, avec trois rendements réels nets de frais : 0 %, 2,5 % et 4 % par an. La méthode et ses hypothèses sont publiques. Les 10 euros sont versés en début de mois, de 6 à 18 ans, puis le capital fructifie sans versement jusqu'à 65 ans.

Avec un rendement nul, l'enfant retrouve à 65 ans ses 1 440 euros, sans perte ni gain de pouvoir d'achat. Avec 2,5 % par an, le compte vaut 1 678 euros à 18 ans et 5 355 euros à 65 ans. Avec 4 %, il atteint 1 842 euros à 18 ans et 11 637 euros à 65 ans.

L'essentiel du gain vient des 47 années sans versement. Dans le scénario favorable, le capital est multiplié par plus de six entre 18 et 65 ans. Les intérêts composés produisent la plus grande part de leur effet dans les dernières décennies.

Capital à 65 ans pour 10 € versés chaque mois de 6 à 18 ans, en euros constants (en €)
1 4401 283Défavorable (0 %)5 3554 798Central (2,5 %)11 63710 463Favorable (4 %)10 € constants10 € non revalorisés

Rendements réels nets de frais. Variante : 10 € fixes en euros courants, avec 2 % d'inflation par an pendant les versements. Source : Calcul du blog à partir du projet de loi allemand (ministère fédéral des Finances, 12 août 2026).

Dix euros qui ne sont pas revalorisés

Le projet fixe la somme à 10 euros par mois, sans indexation sur les prix. Avec 2 % d'inflation par an, le dernier versement ne vaudrait plus que 7,90 euros d'aujourd'hui. Les 1 440 euros versés en représenteraient 1 283.

Le capital à 65 ans baisse d'autant : 4 798 euros dans le scénario central, 10 463 euros dans le favorable. L'écart reste limité, car seuls les versements perdent de leur valeur. Le capital déjà placé, lui, suit le rendement réel retenu.

Un dispositif semblable en France : l'ordre de grandeur

Aucun dispositif de ce type n'existe en France. Le calcul ci-dessous ne fait qu'en mesurer la taille, par une division illustrative.

Selon l'Insee, 643 905 enfants sont nés en France en 2025. Leur verser 10 euros par mois coûterait 77,3 millions d'euros par an pour une génération. Une fois les douze générations de 6 à 17 ans couvertes, la dépense atteindrait environ 927 millions d'euros par an, à natalité constante.

Cette somme représente 0,22 % des 422,2 milliards d'euros de dépenses de retraite de 2025, mesurées par le COR. Pour chaque enfant, le capital obtenu resterait modeste. Dans le scénario central, 5 355 euros répartis sur vingt ans de retraite, à 2,5 % par an, donnent environ 28 euros par mois.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Le dispositif est un projet. Le Bundestag peut encore modifier le montant, l'âge d'entrée ou le traitement des enfants plus âgés. Le calcul porte sur le texte présenté par le gouvernement.

Les rendements sont lissés. Un compte placé en actions peut perdre une large part de sa valeur certaines années, surtout près de la sortie. Le scénario à 0 % rappelle qu'un rendement réel nul sur 59 ans reste possible.

Le calcul ignore les versements des familles. Le projet autorise jusqu'à 6 840 euros par an, bien plus que les versements publics pour les enfants dont les parents peuvent épargner. La fédération allemande des consommateurs a jugé ce plafond trop élevé, car il risque de renforcer les écarts de patrimoine.

Les montants sont avant impôt. Le projet exonère les gains pendant la constitution, mais la sortie est imposée. Le capital net dépendra du revenu du retraité en 2085.

Enfin, le sort des comptes non ouverts pose question. Le Bundesrat, la chambre des Länder, relève une règle du projet dans son avis. Les sommes placées collectivement sont perdues à 35 ans si elles n'ont pas rejoint un compte individuel.

Conclusion

Dix euros par mois de 6 à 18 ans donnent, en euros d'aujourd'hui, entre 1 440 et 11 637 euros à 65 ans. Le chiffre de 53 000 euros mis en avant par Berlin est nominal et repose sur 7 % par an. En France, la même mesure coûterait près d'un milliard d'euros par an une fois en régime de croisière.

Le gouvernement allemand lui assigne aussi un but d'éducation financière, que ces montants ne mesurent pas. Le rendement réel reste le bon outil pour comparer de telles promesses.

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